L’éloquence en politique a cédé la place au tweet. « La fameuse « petite phrase », balancée en direct sur les réseaux sociaux, parfois sortie à dessein ou non de son contexte, fait le buzz. Que l’on semble loin de Pompidou citant Paul Eluard à propos de l’affaire Russier. “Comprenne qui voudra mon remord, ce fut la victime raisonnable au regard d’enfant perdu, celle qui ressemble aux morts, qui sont morts pour être aimés”.

Pierre Allorant
« Avec Carla, c’est du sérieux », là c’est du Nicolas Sarkozy en 2008.. Quelles soient brève ou lyriques, les « paroles d’en haut » ont souvent sous-titré l’histoire de France. « Je vous ai compris » avait lancé de Gaulle aux Français d’Algérie. “Moi président…”, déclinera François Hollande en 2o12. Des grosses pointures du mot, Pierre Allorant, Jean Guarrigues, Corinne Legoy, Gaël Rideau et Arnaud Suspène, tous enseignants en histoire et en histoire du droit à l’université d’Orléans, ont réuni dans un ouvrage intitulé « Paroles d’en haut », le fruit d’un colloque organisé à l’université d’Orléans et au Sénat les 6 et 7 décembre 2012.
Il s’est agit dans l’ouvrage de « jeter la lumière sur ces paroles omniprésentes » explique Pierre Allorant, vice-président de l’université et co-directeur du master de l’accompagnement politique, « mais non pas seulement sur cet « en haut » que Jean-Pierre Raffarin avait opposé à « la France d’en bas ». Comment est « fabriquée » cette parole d’en haut, déjà à travers les âges. Les chercheurs ont planché sur les paroles de la Grèce antique à la Rome républicaine en passant par la royauté et la Restauration. Il y est question encore d’Aristide Briand dans la loi de la séparation de l’église et de l’Etat, un discours très actuel sur la laïcité.
Cet ouvrage saisit encore l’actualité en la mettant en perspective avec par exemple l’histoire de la parole orléanaise qui eut des conséquences historiques comme la parole publique de Péguy et de Jean Zay , la parole universitaire de Pothier et la parole épiscopale de Dupanloup. Reste à savoir si les voix de Jeanne font partie des « paroles », venues de très haut en l’occurrence. Mais c’est une autre histoire qui se joua en Lorraine avant que l’héroïne ne fit taire la parole venue d’outre manche
à Orléans.
Dans la dernière partie de l’ouvrage, les auteurs relatent les dialogues édifiants entre deux plumes de politique, Christine Albanel qui avant de devenir ministre de la Culture fut la « négresse » de Jacques Chirac dont elle écrivit les discours et qui échange avec le sociologue Roland Cayrol (ancien directeur de l’institut CSA) et Roland Garrigues.
Et d’autre part, Chantal Jouanno qui écrivit pour Nicolas Sarkozy, avant de devenir secrétaire d’Etat en charge de l’Ecologie puis ministre des Sports qui dialogue avec Jean-Pierre Sueur (PS), ancien président de la Commission des Lois du Sénat. Deux paroles ministérielles d’en haut qui décortiquent les mots de notre histoire politique et qui « lèvent le voile sur des paroles rituelles ou inattendues » débusquées dans la noire forêt des millions de mots de la langue de bois, celle qui fait tant de tort à nos paroles politiques d’en haut.
Ch.B
– “Paroles d’en haut” sous la direction de Pierre Allorant, Jean Guarrigues, Corinne Legoy, Gaël Rideau et Arnaud Suspène, aux éditions Classiques Garnier.