Une épicerie sociale chez les apprentis travailleurs sociaux

La petite épicerie solidaire installée à l’École Régionale du Travail Social d’Olivet distribue gratuitement des produits d’hygiène et d’alimentation aux élèves. C’était au départ un projet d’étude. Une expérimentation en situation réelle pour valider des acquis de formation. Mais après trois années d’existence, c’est devenu une nécessité : ils étaient 40 bénéficiaires de cette aide d’urgence l’an passé, ils sont aujourd’hui 130 !

Entrée épicerie solidaire Olivet
Emma, présidente de l’association « Comm’une épicerie », vous accueille devant la petite boutique. Photo PV


Par Philippe Voisin.


« C’est difficile de demander de l’aide quand on se forme à être soi-même des aidants professionnels ». C’est une phrase qu’Emma, la présidente de l’association qui gère le magasin, entend souvent de la bouche de ses collègues. Ils ne se sentent pas légitimes pour réclamer de l’aide. Cependant, elle parle aujourd’hui d’un énorme besoin. L’épicerie fait plus que dépanner. Elle permet d’éviter des arrêts d’études. « On est là pour limiter la casse, ajoute Emma. On permet de finir les fins de mois, ça fait peur ! »

Le secteur social est sous tension

Ces étudiants ont pour la plupart la particularité d’être en cours de reconversion. Beaucoup sont des adultes qui cherchent une promotion professionnelle, qui possèdent déjà une expérience et qui se lancent dans un projet d’étude pour améliorer leur statut. Mais les employeurs du secteur social souvent en difficulté budgétaire ne proposent pas toujours des moyens de subsistance à leurs salariés précaires, comme Catherine*, 40 ans, sans ressource (le prénom a été changé). Cette mère de famille suit une formation qualifiante. Elle n’a pas le bac et donc pas de carte étudiante qui lui ouvrirait des droits spécifiques. Ils sont beaucoup dans cette situation, inscrits dans les filières d’assistante de vie, d’éducateur de jeunes enfants ou moniteur-éducateur. Ceux qui se destinent à des fonctions d’encadrement évitent de solliciter de l’aide de l’association, par orgueil dit Emma. Mais leurs besoins se font sentir. Dans les antennes éloignées de Dreux, Chartres ou Bourges, ce sont les formateurs qui livrent les fournitures aux adhérents.

« Comm’une épicerie »

L’épicerie est gérée sous la forme d’une association classique selon la loi de 1901. Au début de l’année scolaire, un groupe de six étudiants qui se retrouvaient sans projet pratique a repris l’activité laissée par la promotion précédente. Autour d’Emma la présidente et Franck le vice-président, six bénévoles se partagent les heures d’ouverture du petit local mis à disposition par la direction de l’école. Les lundis, mercredis et vendredis, le midi et après les cours. Pour avoir accès à la boutique, les bénéficiaires paient une cotisation de 5€ sans condition de ressources. Par mois, ils peuvent emporter gratuitement une vingtaine de produits alimentaires ou d’hygiène. Pour son approvisionnement, l’association a noué des partenariats avec la laiterie de Saint-Denis-de-l’Hôtel et une boulangerie d’Olivet. Elle organise des collectes dans les supermarchés locaux. Avec ses rares subventions (800€ de la mairie d’Olivet, 500 € d’une banque mutualiste et environ 1000 € du CROUS), elle achète le complément.

Épicerie solidaire Olivet
Franck le vice-président, remplit les étagères de produits alimentaires comme des produits d’hygiène. Photo PV


« Cette année, nous avons réorganisé notre fonctionnement. On a mis l’accent sur la communication. On passe dans les classes pour présenter notre action. C’est ce qui explique la hausse de la fréquentation », souligne Franck. Le petit groupe propose de nouveaux services comme un jardin collectif aménagé au bord d’une allée. Ils ont installé des distributeurs de serviettes hygiéniques dans les couloirs de l’école qu’ils remplissent toutes les semaines, une preuve que beaucoup d’élèves connaissent des difficultés pour subvenir à leurs besoins élémentaires. « Ça donne beaucoup de compétences qu’on peut mettre en valeur dans notre évolution professionnelle », affirme Emma, qui pourtant s’inquiète pour l’avenir. En juin, tout ce groupe quittera l’école et la petite épicerie risque la fermeture s’il n’y a pas de candidats pour reprendre le projet dans la prochaine promotion.


Plus d’infos autrement :

ESOPE, la bouée de sauvetage alimentaire du Campus d’Orléans

Commentaires

Toutes les réactions sous forme de commentaires sont soumises à validation de la rédaction de Magcentre avant leur publication sur le site. Conformément à l'article 10 du décret du 29 octobre 2009, les internautes peuvent signaler tout contenu illicite à l'adresse redaction@magcentre.fr qui s'engage à mettre en oeuvre les moyens nécessaires à la suppression des dits contenus.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Centre-Val de Loire
  • Aujourd'hui
    24°C
  • dimanche
    • matin 8°C
    • après midi 16°C
Copyright © MagCentre 2012-2025