Une jeune femme orléanaise devenue mangaka (tome 2)

Dans une première interview, Charlotte Joriot nous racontait son travail de mangaka (dessinatrice de manga). Aujourd’hui, elle nous parle de son parcours et du Japon qu’elle connait bien.

Une page double d’Allegoria.





Vous avez fait une école au Japon ?

Une école d’art, l’équivalent d’un DUT en deux ans. C’était un échange universitaire. Le DUT formait plein de gens dans le domaine de l’art, graphisme, pub, sculpture, illustration, musique aussi. C’était une université de femmes. Au Japon ça existe encore. Ils ont tendance à énormément séparer les hommes et les femmes. Notamment pour la sécurité. Dans les transports en commun, il y a des wagons spéciaux pour femmes.

J’ai passé deux ans là-bas. J’y suis retournée il y a quelques mois et c’est là que je me suis dit que j’étais contente d’être rentrée en France. C’est vraiment un choc des cultures. Je pense qu’on ne peut pas tous s’adapter. C’est là-bas que je me suis demandé si je voulais réellement faire ce métier. Quand on est petit, qu’on a l’idée de travailler dans le manga, on veut vivre là-bas. Mais le système du travail qui ne permet rien d’autre est vite aliénant. Quand je travaillais comme assistante dessinatrice, j’ai appris seulement au bout d’un an que mon patron avait une femme ! Il ne la voyait jamais. Il était tout le temps dans son atelier, il dessinait toute la journée. Le soir, il retournait travailler. Il était fou. Ça m’a un peu découragée. Je me suis dit que je voulais aussi une vie sociale.


Au départ, pourquoi manga et pas BD ?

À l’adolescence, on se cherche. Et les mangas n’étaient pas aussi populaires à l’époque. J’étais un peu rebelle. Je n’avais pas envie d’apprendre l’anglais comme tout le monde. Alors j’ai voulu apprendre le chinois. Mais c’est trop compliqué. En même temps j’ai découvert les mangas. Donc je suis passée du chinois au japonais. Les profs me mettaient en garde. Mais je suis très têtue. J’ai postulé dans une filière de japonais, j’ai été prise. Et puis j’ai continué.

Trois personnages qui vivent l’aventure.


Vous avez parlé du racisme japonais…

Les Japonais acceptent les touristes qui apportent de l’argent. Mais n’ont pas envie de s’embêter à prendre un étranger alors qu’un Japonais pourrait faire le même travail… J’ai été confinée là-bas pendant le covid. J’ai été en relation avec la Shueisha, un des plus gros éditeurs de mangas. J’ai participé à des concours… Et quand les entretiens en présentiel ont repris, ils se sont rendu compte que j’étais française, et c’est là qu’ils m’ont dit non, finalement on travaille plus avec vous. Ça met un coup.

À mon dernier voyage au Japon il y a un mois, je suis allée sur un site japonais pour prendre des billets pour une attraction touristique. Ceux en anglais sont plus chers. Et maintenant, sur les sites japonais, ils demandent un numéro de secu japonais pour pouvoir commander.


En rentrant, vous avez intégré le monde du manga français ?

Oui, il y a une communauté importante. Il y a des gros salons : la Japan Expo à Paris, à Lyon, à Toulouse. Des grands festivals très populaires. Ça rassemble plein d’activités. La Pop culture, les arts traditionnels, les arts martiaux.



Propos recueilli par Bernard Cassat.



À lire :
Une jeune femme orléanaise devenue mangaka (tome 1)

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