La Scène nationale d’Orléans propose Le peu du monde. Eric Cénat dit des poèmes de Kiki Dimoula, poétesse grecque. Pour mieux faire passer les mots, il s’est entouré d’une pianiste, grecque elle aussi, et d’un peintre vidéaste tchèque. Un message universel, donc, dans un magnifique environnement visuel et sonore.
Par Bernard Cassat
Sophia Alexandro. Photo Vojtech Janyska
Eric Cénat est assis sur scène, comme s’il attendait le bon moment, celui où la poésie peut se glisser dans sa bouche, enfler et devenir discours. Ce ne sont pas ses mots, ce sont ceux de Kiki Dimoula, poétesse grecque décédée il y a peu. Très vite, une voix grecque se mêle à celle d’Eric. Sophia Alexandrou donne à entendre le son des mots originaux, leur dureté comme leur douceur évocatrices. Juste pour le son. D’ailleurs, elle se met vite au piano pour faire entendre, en plus des mots français, des mélodies, des phrases musicales elles aussi poétiques. Et pour compléter la transmission de ces poèmes, des projections de dessins réalisés par Vojtech Janyska, peintre vidéaste, donnent à voir de magnifiques images parfois animées.
Des poèmes dits mais qu’on dirait chantés
Et d’images, il en est beaucoup question dans la poésie de Kiki Dimoula. Des images décrites, des photos qui convoquent l’ici et l’ailleurs, hier et aujourd’hui. Les mots cherchent leur voix, les mots posent des problèmes d’existence. Un grand moment de dialogue entre Eric et Sophia se tisse sur leurs possibles sens. Eric dit un mot, l’amour, la peur, la mémoire, la nuit. Sophia répond en précisant un sens possible. Lumière tamisée, moments de confidences, l’énergie circule et rebondit sur les images projetées. Eric ne chante pas et pourtant par instant on entend la chanson, tant sa scansion est inventive. Jusqu’à devenir l’objet décrit, la pluie par exemple.
Eric Cénat. Photo Vojtech Janyska
Trois interprétations ensemble
Dans cet ensemble à trois entrées, les mots deviennent véritablement spectacle. Dire une poésie, c’est déjà l’interpréter, nous disait Eric Cénat quand nous l’avons rencontré. Mais la musique apporte un surplus d’ambiance, d’accompagnement du sens, marque l’écoulement du temps. Ou sa répétition, comme ce jeune voisin qui dans un poème, apprend le piano dans la maison d’à côté. Ou comme ces images projetées qui elles aussi viennent et reviennent, restent et se combinent. Et montrent à la fois l’interprétation et l’autrice des poèmes, Kiki elle-même, au-dessus d’un parterre de fleurs qui, malgré leurs couleurs, appartiennent à la mort, très présente dans ses mots.
D’une très grande cohérence, ce spectacle magnifique autant visuellement que musicalement donne un dynamisme aux poèmes, une énergie qu’ils n’auraient pas à la simple lecture. Et mettent en lumière l’importance de les lire/dire à voix haute pour faire sonner leurs rythmes, pour leur donner chair dans une incarnation vivante, actuelle, totalement originale, enthousiasmante.
Le peu du monde
Théâtre de l’Imprévu
Mise en scène, voix Éric Cénat
Création musicale originale Sophia Alexandrou
Scénographie, images animées Vojtech Janyška
Piano, voix Sophia Alexandrou
Création lumières Vincent Mongourdin
Vendredi 16 décembre 20h30 − Salle Vitez
Tarifs de 5€ à 20€, détails et renseignements ici
Durée 1h
Plus d’infos autrement sur Magcentre : Rencontre : Eric Cénat, l’amoureux des planches