Les 392 bureaux de vote loir-et-chériens des 276 communes ont donc livré, lundi 23 avril dans la soirée, leur verdict. C’est Marine Le Pen (FN, 25,1 %) qui arrive en tête dans le département, suivie de François Fillon (L.R., 22,7 %). Emmanuel Macron, qui se classe premier au niveau national, totalise 20,98 % des voix et se classe troisième.
Benoît Hamon, candidat PS, ne réalise qu’un faible score (5,65 %), décevant au regard des efforts de communication fournit par le maire de Blois, un bon nombre de son conseil municipal et la quasi-totalité du PS départemental. Jean-Luc Mélenchon totalise un honorable 16,3 % des voix, de quoi donner des regrets à la gauche qui, en cas d’alliance, aurait pu peut-être encore espérer se maintenir pour le second tour. Ainsi va la vie au pays des querelles d’ego et de politique politicienne. Nicolas Dupont-Aignan fait une percée historique dans le département (6,01 %).
Déjà les regards – comme prévu – se tournent vers le « 3e et 4e tour », c’est-à-dire les élections législatives des 11 et 18 juin prochains. La partie sera serrée pour les éliminés du premier tour (L.R. et P.S), partis de gouvernement et d’alternance depuis plusieurs décennies. En Marche ! d’Emmanuel Macron – s’il remporte le second tour le 7 mai prochain – aura fort à faire pour imposer, dans le Loir-et-Cher, des candidats jusqu’ici inconnus et pas forcément très implantés sur le terrain de la ruralité.
Car c’est bien vers elle que doivent désormais se tourner les regards et concentrer les efforts. Dans la grande majorité des communes rurales de Loir-et-Cher, le FN de Marine Le Pen confirme son ancrage, poussé par un vent protestataire et un fort sentiment d’exclusion et de déclassement. Celui-ci tranche inévitablement avec les villes – et notamment Blois – plutôt favorable à Emmanuel Macron (25,39 % des voix pour la ville préfecture). Il va donc falloir aller chercher les voix une à une, particulièrement dans la 3e circonscription (Romorantin-Lanthenay), où Mathilde Paris (FN) se verrait bien au Palais-Bourbon à la place de Guillaume Peltier (L.R.).
Ce vote rural des « exclus » contre le vote des villes des « inclus » décrit une France fracturée qu’Emmanuel Macron – s’il l’emporte et rien n’est joué car une nouvelle campagne débute aujourd’hui – devra réparer avant toute chose. Le moment serait-il enfin venu d’un gouvernement de coalition, celle dont le train était déjà passé dans l’assiette d’un certain Jacques Chirac en 2002, lequel, fraîchement élu avec 77 % des voix et un large front républicain autour de lui, s’était empressé de nommer un gouvernement à droite toute avec à sa tête Jean-Pierre Raffarin.
Mais 2017 n’est pas 2002, comme le faisait remarquer un conseiller municipal FN de Blois dimanche soir, « l’époque n’est plus la même ! Le coup du front républicain, les Français ont compris ce que cela voulait dire ».
La quinzaine qui s’ouvre s’annonce incertaine, mais passionnante. Certains marchent. D’autres sont en miettes. D’autres encore se réveillent en se demandant s’ils n’ont pas rêvé. Et, au fin fond des campagnes, on entend mugir de féroces soldats. À suivre donc…
F.Sabourin.