Le philosophe est venu à Orléans apporter ses solutions pour sauver et renouveler la démocratie représentative.

En Marche a tenté et réussi mercredi soir à La Source un pari : animer un débat présidentiel avec un intervenant non encarté, officiellement, parmi les soutiens officiels d’Emmanuel Macron. C’est ainsi que le grand philosophe de la démocratie, Marcel Gauchet, un temps considéré comme « néo-réac », comme « philosophe conservateur » voire comme « social-démocrate mou », est venu apporter sa vision des « dysfonctionnements et des frustrations nés de la démocratie représentative ». S’il n’est pas officiellement macroniste Marcel Gauchet n’en est pas moins prudent en ne prenant jamais à rebrousse poil les propositions présidentielles d’En Marche, allant même jusqu’à les soutenir… mais sans le dire.
Avant d’apporter des pistes de renouvellement alternatives à « la grande confusion du débat politique », le philosophe tient à dresser un diagnostic de la crise de la représentation, de la crise des partis et de la responsabilité politique
Une dose de démocratie directe
Que faire face à la crise de la représentation ? Élire moins de députés ? Marcel Gauchet y est favorable. Supprimer le Sénat ? Pas forcément pertinent. Élire une assemblée représentative de la société civile ? Marcel Gauchet pense que ne sera pas suffisant car la défiance vis-à-vis de cette démocratie vient plus du sentiment de non-prise en compte des problèmes « des gens » que de la composition sociologique d’une assemblée. Plutôt avare de solutions concrètes Marcel Gauchet prône une instillation de démocratie directe, avec le référendum bien sûr, mai aussi par d’autres dispositifs comme des «sondages délibératifs à partir de panels représentatifs.» Des solutions prudentes, plutôt éloignées des tenants d’une vraie démocratie participative.
Pour définir un « vrai programme de renouvellement politique » Marcel Gauchet veut remettre à plat la question des partis politiques. Loin d’appeler à faire table rase il rappelle que les partis remplissent « une fonction vitale dans une démocratie ». Même si les partis ne sont plus que « des machines électorales » et ne remplissent plus leurs « fonctions idéologiques » ils doivent retrouver leurs missions d’origine : être des intermédiaires entre la base et le sommet, jouer un rôle d’information, de discussion et d’animation civique tout en formant et sélectionnant le monde politique.
Autre proposition de Marcel Gauchet et qui fait écho à Emmanuel Macron accusé d’être « d’accord avec tout le monde » : accepter des compromis à partir de diagnostics partagés, ce qui peut passer par la formation de coalitions politiques et ce qui doit mettre fin au « négativisme mortifère de notre culture politique qui est d’être contre tout en démolissant systématiquement les positions de l’autre ».
L’esclavagisme des médias
Marcel Gauchet avance d’autres pistes : « instituer un vrai lieu de délibération de la vie publique face à un Parlement qui ne l’est plus,, proposer le vote blanc plus que le vote obligatoire, instaurer une vraie transparence du lobbying, adopter des « lois intelligibles pour tous » et surtout « libérer les politiques des médias ». « Le monde politique s’est laissé dévorer par la communication médiatique, il va en mourir explique le philosophe , ce monde est enfermé dans l’esclavage des médias, il faut retrouver l’autonomie de manœuvre sinon, il y aura l’anémie et la destruction du processus démocratique ». Autant de pistes qui, pour Marcel Gauchet, doivent aboutir à un « printemps de la démocratie » autour d’un postulat : « gouverner ce n’est plus décider à la place des gens mais prendre des décisions dans lesquelles les gens se reconnaissent ».
Jean Jacques Talpin