Le bling-bling n’est plus réservé à la mode et à un mode de vie. C’est un style qui colle à l’époque où tout va très vite, où le populisme est roi, où l’on s’empresse d’émettre un jugement à partir de l’écume des jours, des gens, des faits et des choses. Quand Gaël Tchakaloff s’en empare, il entre en littérature où à ce qui en tient lieu.
Les portraits nombreux que l’on croise au fil des pages bénéficient de la tournure d’esprit de l’auteur. « Quand Bourvil croise Séguéla, ça donne Raffarin. La gouaille, l’humour, la truculence, les formules qui font mouche. Tout le monde est plié. Une belle surprise ce Raffarin sur scène. Moi qui le prenait pour un VRP, je me suis bien mis le doigt dans l’oeil ». Ainsi est croqué l’un des multiples personnages qui animent « Lapins et merveilles », le livre qu’elle a consacré à la face cachée ou ignorée d’Alain Juppé. Il n’est pas inutile de bien connaître un candidat à la primaire avant d’envisager de voter pour un possible futur président. Il en va de l’exercice démocratique de chacun.
Un récit loufoque et truculent
En dix-huit mois, l’auteur est passé de l’autre côté du miroir. Partie à la découverte d’Alain Juppé et de son univers, elle livre de ce voyage en Juppéie un récit loufoque et truculent dont elle demeure le principal personnage. Elle est allée taquiner les ressorts de la politique et explorer les coulisses environnementales et familiales du maire de Bordeaux. Ce ne fut pas sans mal, à l’usure, en draguant sans retenue le directeur de campagne, Gilles Boyer, intraitable tôlier de la maison Juppé qui a fini par se laisser amadouer et tous ceux qui gravitent autour de son héros.
Gaël a obtenu de haute lutte un entretien avec Laurent, né en 1967, le fils d’Alain et de sa première épouse, Christine Leblond. Comme sa sœur Marion et sa mère, il parle pour la première fois. Ce centralien arrive au premier rendez-vous en jean, blouson de cuir, boucle d’oreille et lunettes bleues à la John Lennon. D’Alain son père aimé qu’il appelle chaque dimanche, il dit « C’est un mec génial. J’aimerais qu’il devienne président parce que ce serait un moteur pour moi que les gentils gagnent à la fin ».
Sa cadette, Marion, médecin du travail, n’y va pas par quatre chemins : « Il (son père) n’écoute pas, même en famille. Il occupe tout le terrain. Il parle beaucoup tout le temps. J’ai l’impression de n’avoir reçu aucune affection de sa part dans l’enfance même si maintenant je suis persuadée qu’il m’a aimée », puis elle ajoute, « à l’adolescence je l’ai emmerdé comme il n’est pas permis d’emmerder un père. On s’est retrouvé à l’âge adulte ».
Après cette plongée dans l’intimité du candidat à la primaire, difficile de continuer de ne voir .en lui que le surdoué sans passion ni émotion que ses amis gaullistes de l’ENA avaient surnommés « Amstrad » marque leader d’ordinateurs dans les années 80. On le découvre à la tête d’une tribu décomplexée, à des années lumières de la droite coincée, un famille recomposée plutôt bobo et pas bling-bling Christine et Isabelle ancienne journaliste à « La Croix » épousée en secondes noces se voient volontiers. Elles ont fêté ensemble, avec enfants et petits-enfants, les 70 ans de leur homme. «Leur connivence saute aux yeux. Leur amitié, aussi», note l’auteur. Certes, «Alain» n’est pas un modèle d’exubérance. « Nous avons eu une relation passionnelle, mais quand on vit avec lui, il ne sait pas comment aimer », explique Christine, tout en confiant que «cet amour» est le plus fort qu’elle ait connu. « Je ne le désaimerai jamais », ajoute l’ex-épouse. Une confidence que peuvent reprendre à leur compte tous les personnages de ce récit positif. Que le camp Juppé a bien accueilli. Il accompagne favorablement la campagne.
F.C.
« Lapins et merveilles »
Gaël Tchakaloff
Flammarion 266 pages 19 euros