Elle est l’élégant bijou de feu et de charme que porte l’histoire du jazz à son cou.
Si accessible…
Madame Rhoda Scott… Si enthousiasmante… Une artiste américaine au swing fou , une “
barefoot Lady”* qui vous accroche et vous embarque, le temps de deux trois accords, côté fête et mélancolie…
En vérité, voici une jolie comme rubiconde déesse aux pieds nus qui vous met follement le cœur à la chamade en pilotant un cosmique et tendre clavier d’orgue Hammond.
Que cela soit du côté du classique ou du jazz, rien des répertoires n’échappe à la scrupuleuse et vivante curiosité de cette artiste à l’humilité douce que l’on admire. Elles est de celles dont on craint de contrarier la pudeur tant elle répond, avec confiance et écoute, aux questions de ses inconditionnels.
Chatoyant éternel féminin.
Rhoda Scott et la naissance de son Lady Quartet ? En 2004, une brillante artiste annule pour des raisons de santé son passage au Jazz à Vienne à l’occasion du concert prévu pour une nuit des femmes. Aussitôt, le directeur artistique contacte Rhoda Scott pour qu’elle reprenne le projet au pied levé . Retour en arrière avec l’organiste: ” Je suis tout d’abord sceptique. Mais il me propose des noms d’artistes pour le concert. Nous nous rencontrons et c’est tout de suite le coup de foudre”.
Parmi les artistes sollicités en ce grand jour figurent ainsi Sophie Alour, mais aussi Lisa Catbero, saxophoniste orléanaise : “Elle est la plus jeune d’entre nous et tellement intéressante. Lisa est une littéraire qui a choisi la musique. Ses compositions figureront sur notre prochain CD . Tout comme celles de Sophie” .
Passion pour Wayne Shorter
Et puis Rhoda Scott, l’élève de Nadia Boulanger, évoque au téléphone, avec une tendresse salvatrice son amour pour les pièces classiques, à savoir entre autres celles de Schumann, Saint-Saens, Debussy, Liszt, Dvorak, Rachmninov, Chopin Elgar déjà portés au disque . Mais Ravel dans tout cela, l’homme des concerti pour piano ? Rhoda Scott: “Je n’ai pas trouvé ce que l’on pouvait visiter chez lui et nous n’allions tout de même pas faire le boléro !” s’exclame-t-elle avec une sagesse respectueuse, soucieuse de ne rien galvauder.
Rhoda Scott, qui avoue avoir quelque peur emprunté, faute de temps, des chemins de traverses l’emmenant loin du classique, ne cache pas son coup de cœur pour un grand du jazz. Alors voici que la dame évoque Wayne Shorter, un sideman d’exception dont on n’aura jamais fini de saluer l’élégante présence aux côtés des plus grands. Il était venu à Orléans. Pour beaucoup,” Round about midnight”, au soprano, tourne toujours sur la ville à la nuit……
Rhoda Scott, à propos de ce dernier : “A chacune de ses musique,s il offre quelque chose d’inédit et nous sommes toujours à la recherche de la clé pour comprendre son œuvre. Tout cela, c’est la raison pour laquelle certaines de ses compositions seront au programme de notre prochain CD”.
A l’écoute de Nina et de Lisa Simone
Le festival de jazz d’Orléans, l’ancien Orléans’s Jazz devenu Jazz or Jazz, toute cette aventure, la connait-elle, notre si disponible Rhoda Scott ? Absolument ! De fait, celle qui a vécu longtemps à Nogent-le-Rotrou est venue au Campo Santo pour écouter George Benson. Au festival de Sully-sur-Loire, c’est par ailleurs avec les frrères Belmondo que cette artiste immensément et radieusement sollicitée, s’est produite.
Quelques mots à propos de Lisa Simone avec qui elle partagera la soirée de ce samedi ? “Je ne l’ai jamais rencontrée, mais Nina Simone était mon idole et je suis infiniment heureuse de pouvoir écouter comment la transmission s’est opérée.”
Enfin, comment aborde-t-on le fait de jouer tour à tour dans des clubs , dans de grands festivals ou dans de grandes salles ? “Peu importe” nous répond Rhoda Scott. “L’essentiel est de toujours essayer de trouver le sentiment d’intimité avec le public” poursuit-elle.
Un garçon chez les filles, juste quelqu’un de bien.
En fin d’interview et nous faisant part que toute décision du quartet est collective, Rhoda Scott nous propose avec une malice rayonnante un grand scoop. De fait, Lisa Catbero, empêchée , ne sera pas présente pour le concert d’Orléans.
Alors qui la remplacera salle Touchard? Rien de moins que le trompettiste Julien Alour. Il s’agit, en fait, de quelqu’un que les drôles de dames connaissent bien puisqu’il est l’un des artistes invités sur le prochain disque du Lady Quartet enregistré en live au Sunset et à paraître à la rentrée.
Jean-Dominique Burtin.
*une dame aux pieds nus
Concert samedi 16 avril, à 20 heures, salle Touchard, Théâtre d’Orléans.