
Ce lundi soir se tenait la réunion, salle Eiffel, des habitants du quartier Bourgogne à Orléans avec au programme la présentation des cinq prochaines années d’aménagement de la ZAC dont le projet a été défini par la mairie. Nouvel habitant du quartier, je m’y suis rendu et je fus d’abord surpris de la faible participation à cette réunion dont l’enjeu marquera pourtant le cadre de vie du quartier pour des décennies. J’ai rapidement compris le pourquoi de cette faible participation, la raison est bien dans le titre de cette réunion “d’information”, si j’avais bien lu j’aurais du comprendre qu’il ne s’agit pas de discuter ici des choix de ce projet urbain.
Et on aurait vraiment cru que les deux élues (Brigite Ricard et Muriel Cheradame) qui présentaient ce projet de constructions/rénovations s’étaient affublées d’un casque de chantier pour nous le faire visiter (à l’aide de quatre diapositives bien peu explicites), tant ces élues enthousiastes devenaient ni plus ni moins que les porte parole des promoteurs immobiliers et en aucun cas les représentantes à l’écoute des habitants d’un quartier…
Il faut dire que l’on nous avait bien précisé en début de séance que les décisions d’aménagement avait été prises en haut lieu et il y a fort longtemps, décisions dont ces constructions n’étaient que l’application,et la question qu’il était évidemment inutile de poser, c’est bien pourquoi vouloir obstinément densifier ce centre ancien, en boucher toutes les dents creuses par du bâti dont le moins que l’on puisse dire, au vu des bureaux du conseil régional (voir Magcentre) ou de la résidence pour étudiants, c’est qu’il défigure sans vergogne et avec la bénédiction surprenante de l’Architecte des Bâtiments de France, ce centre ancien ?
Quel est l’intérêt pour une ville (et ses habitants) qui souhaite attirer les touristes, de martyriser ce quartier par de nouvelles constructions où en plus, chaque logement, chaque bureau, chaque boutique, PLU oblige, se voit doter d’une place de parking au milieu de rues dites piétonnes ?
Quant à appeler ces constructions “embellir Orléans” on frise la publicité mensongère !

De l’architecture comme l’un des beaux-arts…
Et le plus étonnant fut, sans doute, la totale surdité des deux élues aux demandes d’une assistance résignée concernant tant les équipements sociaux (crèche) que culturels (médiathèque), car il faut dire que l’on découvre en revisitant l’ensemble de l’aménagement de cette zone, au cœur de la ville, qu’il ne sera pas créé un mètre carré d’espace vert, pas un mètre carré social et pas un mètre carré culturel et pas même un mètre carré pour les activités sportives dans ce périmètre entièrement offert aux appétits des promoteurs immobiliers, tout cela finalement sans aucune amélioration de la vie des habitants du quartier. Même le jeu bien connu Sim City, auquel devrait s’adonner nos élues, montre la nécessité d’équilibrer les équipements pour le développement harmonieux d’une ville…
Plus sérieusement, on mesure là l’énorme carence de méthodologie car si le terme ZAC signifie Zone d’Aménagement Concerté, la dite concertation n’a à l’évidence jamais eu lieu avec les premiers concernés, les habitants du quartier. Il est aussi assez curieux d’entendre les élues, à propos de l’immense friche Dessaux, à l’abandon depuis des décennies, dire aux habitants “nous y réfléchissons” au sens “nous déciderons et nous vous informerons ensuite”.
Au final, cette carence de concertation a un cout: de la rue des Carmes à Orléans à Notre Dame des Landes, les blocages autour de projets en mal de concertation se multiplient, et il est quand même étonnant de voir à quel point on est incapable en France de construire des projets d’avenir sans rejeter les populations au nom d’une légitimité des élus qui seraient seuls capables de dépasser les intérêts individualistes ou corporatistes. Quel drôle de conception de la fonction d’élu, élu pour agir certes, mais en tant que représentants à l’écoute de la population et non en tant que décideurs absolus.
Et pourtant ne serait-il pas temps d’écouter cet ancien premier magistrat d’Orléans, qui cloue au pilori ce monde politique coupé de son peuple, et qui propose pour réformer cette démocratie pervertie, de réunir une nouvelle fois les Etats Généraux ? (voir Magcentre)
Mais alors où sont la cahiers de doléances des habitants du quartier Bourgogne ?
Gérard Poitou

Une architecture qui prend soin du détail…