“La maternité purifiant la difformité morale, voilà Lucrèce Borgia” Victor Hugo

Comment tirer de la pièce d’Hugo au romantisme pour le moins excessif, une mise en scène contemporaine dont le drame nous émeut jusqu’aux tripes ?
Bien sur, il y a d’abord Béatrice Dalle, géniale incarnation moderne du personnage qu’Hugo charge de toutes les tares: fille de pape, courtisane, empoisonneuse, incestueuse, , machiavélique, orgiaque, qui sublime sa rédemption dans l’amour de son fils caché. Et Béatrice Dalle, avec une étonnante maturité théâtrale porte ce rôle monstrueux, comme elle porte ce fils jusqu’à l’étouffer par sa personnalité diabolique que le romantisme d’Hugo caricature, très loin de toute vérité historique…
Et puis il y a le groupe de chevaliers vénitiens, gymnastes, acrobates et danseurs de hip hop, aux corps d’une plastique parfaite, monde de la jeunesse et fratrie qui entoure Gennaro, le fils de Lucrèce tous voués à la mort par le poison de la marâtre dans cette scène d’anthologie de l’acte 3 chez la princesse Negroni, “Ivres morts”.
Le Radeau de la Méduse.

On est à Ferare et pourtant comme à Venise, la pièce se déroule les pieds dans l’eau, l’eau d’un bassin dans lequel tout le monde patauge et s’éclabousse (sauf le psychorigide mari de Lucrèce, Don Alfonse ). Symbole de purification ou au contraire de la culpabilité qui “mouille” tout un chacun, l’eau devient un élément de décor qui magnifie le jeu des acteurs jusqu’à la scène finale où ces morts qui flottent ne sont pas sans faire penser au tragique “Radeau de la Méduse”, peint par Géricault quinze ans avant la pièce d’Hugo.
Le pari du metteur en scène, David Bobée, de renouer avec un théâtre populaire est ainsi gagné non seulement par le coté spectaculaire et visuel de sa mise en scène, mais surtout par la force de l’émotion qu’il a su créer.
Gérard Poitou
jusqu’au 6 décembre 2014
CDN Théâtre d’Orléans avenue Pierre Segelle Orléans
Mise en scène David Bobée
avec Béatrice Dalle et Pierre Cartonnet