Un très beau regard sur des jeunes complexes et attachants

Guillaume Brac renouvelle son regard sur les jeunes, mais sans fiction cette fois-ci. Il filme des terminales en internat que la vie va séparer et des jeunes filles de seconde qui vivent mal, elles aussi, de devoir quitter ceux qu’on aime. Un travail doux, délicat et très juste qui trouve sa bonne distance avec ses personnages.

Aurore, Nours et Diane. Capture bande annonce.



Par Bernard Cassat.


Guillaume Brac a déjà tourné A l’abordage dans la Drôme. Cette fois-ci, dans Ce n’est qu’un au revoir, il va à la rencontre de la jeunesse de Die. Sa caméra suit un groupe de filles de terminale qui logent dans l’internat du lycée.

Le réalisateur regarde Aurore, Nours, Jeanne et Diane, et bien sûr les autres qui les cotoient. C’est la fin de l’année, la période du bac (qui passe quasi inaperçu dans le film) et des choix d’études qui posent toutes les questions de l’avenir. Et surtout, c’est la fin d’une époque pour elles, elles vont partir en vacances et sans doute ne plus se revoir, puisque leurs études vont les séparer dans des lieux éloignés. Cette rupture du groupe pose la question fondamentale développée par Guillaume.

Nours satisfaite du présent mais inquiète de l’avenir. Capture bande annonce.


Pour saisir leurs caractères et leur intelligence, il prend son temps, n’impose rien. Il filme en plans rapprochés qui impliquent une grande connivence avec les jeunes. Il explique que chaque séquence était discutée à l’avance avec elles, et qu’ensuite, il les laissait libres d’emmener le déroulement là où elles voulaient. Il y a d’abord de sa part une très grande écoute. Les silences ne le rebutent pas, il ne les enlève pas (tous) du montage. Mais surtout, il fait la même chose avec la caméra, restant sur le visage de celle qui vient de parler pendant que sa copine lui répond hors champ, ne suivant pas forcément les implications de la situation pour scruter un visage, s’attacher à une attitude, un regard. C’est formidablement payant. Ces jeunes filles transmettent une grande émotion.

Comme beaucoup de jeunes, les personnages militent contre les bassines. Capture bande annonce.


Et font preuve par ailleurs, dans leurs discussions, d’une grande maturité. Cet internat semble un havre de bonne entente. Les garçons aussi sont attachants. D’ailleurs les filles s’attachent. Mais ce couperet de la séparation qui va tomber, analysé par tous pour tenter d’en amoindrir la tristesse, sous-tend toutes les démarches, les fêtes et les rapports. Chacune des quatre filles l’aborde différemment, mais toutes le redoutent. En filmant le décrochage de toutes les photos qui ornaient leurs chambres, Guillaume Brac trouve sa juste place d’observateur empathique. Le documentaire en entier garde cette distance affectueuse avec ses personnages.

Linda et Irina, deux copines en fin d’adolescence

Un deuxième document, Un pincement au cœur, complète le programme. Au Nord, celui-ci, à Hénin-Beaumont. Brac y suit deux jeunes filles de seconde, Linda au cœur dur et Irina la sensible. Plus jeunes que celles du premier docu, elles n’en sont pas moins très mûres. Vivant dans des familles difficiles, en totale absence de père et de modèle masculin, elles s’opposent sur la même question que celle de Die, l’affection détruite par le changement.

C’est l’âge des appareils dentaires et des danses sur TikTok. Mais c’est aussi l’âge des dragues à la sortie du lycée, des échanges profonds avec la meilleure copine et parfois des brouilles qui deviennent des catastrophes. Avec toujours cette même simplicité de dispositif, Brac capte là encore une très belle vérité sur ces deux jeunes filles, encore à moitié enfants mais déjà très mûres. Une séance chez une conseillère d’orientation montre leur réflexion sur leur situation. Et l’approche opposée du problème de l’affection : la terreur de sa perte qui fait qu’on l’évite ou l’envie de la cultiver pour pallier un grand manque. La tendresse de Françoise Hardy rassemble tout le monde sur une plage de la Manche.

Un programme cohérent

Ces deux docus en miroir qui se répondent si bien nous livrent un regard profond sur une jeunesse assez peu souvent à l’écran, sauf dans des clichés peu représentatifs. Leurs préoccupations, leurs peurs du monde de demain, leurs envies et leurs énergies, leurs engagements. L’œil délicat et généreux de Guillaume Brac les dessinent dans leur complexité.


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Commentaires

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  1. Tout à fait . Plus qu’un dialogue entre le Nord et le Sud privilégié par la critique, , ce qui m’a frappé, c’est le contraste entre un groupe soudé et dynamique dans un internat très permissif d’un côté et un duo ou un trio (plus jeune) un peu replié sur lui même de l’autre. La caméra de Guillaume Brac, toujours à l’aise avec les jeunes générations, sait se faire à la fois proche et discrète et et permet la libération des expressions.

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