Orléans Métropole : trop de dette et pas assez d’investissements ?

Le budget de l’agglomération est certes équilibré et sans hausse fiscale. Pourtant la charge de l’endettement reste trop lourde alors que les coûts dérapent sans que de nouveaux projets soient lancés. Prudents avant le renouvellement municipal de 2026, les élus ont ainsi mis le projet des Mails en sourdine… avant peut-être de l’abandonner.

Vue sur la ville d'Orléans
La métropole d’Orléans est une des collectivités les plus endettées de France. Photo ACC


Par Jean-Jacques Talpin.


C’est un exercice classique : selon que l’on est dans la majorité ou l’opposition, le vote d’un budget primitif est toujours l’opportunité de se positionner politiquement. Le vote du budget primitif d’Orléans Métropole adopté ce jeudi 3 avril (41 voix pour, 34 contre), dernier de plein exercice avant le renouvellement municipal de 2026, n’échappe donc pas à cette tradition. Même mécanique pour les explications : pour le grand argentier Michel Martin comme pour le président Serge Grouard, le budget est « ambitieux » signe de « bonne gestion » et de « bonne santé financière » dans un contexte difficile aggravé notamment par les ponctions du gouvernement. Pour l’opposition de gauche c’est au contraire : « peut mieux faire » en refusant en particulier des coupes dans le domaine social. Certes ce budget de 602 millions d’euros (budget primitif et budgets annexes comme les transports, l’assainissement ou l’eau cumulés) présente des ratios relativement positifs : une épargne nette de 20 millions (10 millions étaient projetés en début d’année), un taux de fiscalité inchangé (sauf une petite augmentation pour la prévention des inondations), un investissement sauvegardé (110 millions de crédits de paiements engagés cette année) et une dette maîtrisée à 710 ou 720 millions d’euros fin 2025.

« Troisième métropole la plus endettée »

Serge Grouard se félicite par ailleurs des économies réalisées (gel de 21 emplois équivalents temps plein) et 4,3 millions d’économies de gestion. Avec aussi quelques réductions de subventions comme celles affectant les associations d’insertion par l’activité économique dénoncées par Vanessa Slimani, la maire de Saint-Jean-de-Braye.

Mais cette dette inquiète. L’alarme est lancée par le socialiste Laurent Baude : « La dette inquiète et handicape nos projets ». L’annuité de cette dette atteindra cette année 80 millions pour un total de 710-720 millions fin 2025 alors qu’elle ne dépassait pas 600 millions il y a cinq ans. Ces chiffres traduisent aussi un tableau rarement mis en avant par la majorité : l’agglomération d’Orléans est la 5e collectivité la plus endettée sur 1 250 en France. Même classement peu reluisant : notre métropole et la 3e la plus endettée, après Nancy et Nice sur les 22 en France.

Le projet de Mails malmené !

Mais cette dette excessive est à mettre en relation avec les investissements réalisés. « Il n’y aura pas eu de grand projet lancé durant cette mandature, regrette le socialiste Christophe Chaillou. Tout ce qui a été livré ou commencé (CO’Met, université Madeleine) a été initié sous la mandature d’Olivier Carré ». Et dans le même temps, ce coût des grands projets a dérapé comme le regrette le sénateur Chaillou : 110 M€ prévus pour CO’Met, plus de 150 millions au final, 72 millions pour l’université Madeleine et déjà 93 millions aujourd’hui. Heureusement le projet de requalification des Mails (déjà chiffré à plus de 70 millions mais avec un dérapage inévitable) a été relégué au prochain mandat. Une décision qui réjouit Matthieu Schlesinger, le maire d’Olivet, pour qui « ce n’est pas le budget le plus enthousiasmant de notre mandature ». Mais il est vrai que 17 des 21 maires de l’agglomération ont signé une lettre d’alerte sur ce projet des mails alors que dans le même temps les villes d’Olivet et de Fleury-les-Aubrais votaient contre le projet présenté en enquête publique (une manifestation est d’ailleurs organisée contre ce projet ce samedi à 15 heures devant la médiathèque d’Orléans).

« Ne pas se lancer dans des choix hâtifs ! »

Tout cela hypothèque les ambitions de « faire d’Orléans une métropole décarbonée à l’horizon 2050 ». Le débat sur le rapport dette/investissement risque d’ailleurs d’être relancé ces prochaines années avec le budget transport : pour renouveler le matériel roulant, notamment le tram, dont la première ligne va bientôt fêter ses 25 ans, il faudra investir entre 80 et 100 millions d’euros. Un coût qui hypothéquera peut-être le projet de gratuité des transports porté par la gauche. Et cela d’autant plus que dans le même temps, certains, comme les maires de Saran ou de La Chapelle-Saint-Mesmin, réclament une extension ou une nouvelle ligne de tram. « Mais une nouvelle ligne coûte 600 millions d’euros, tempère Serge Grouard, notre dette devra alors doubler. Ce n’est pas envisageable ».

Autant de débats qui vont animer la prochaine année préélectorale où chaque élu ou futur élu va vouloir imposer des projets nouveaux. C’est pourquoi Christophe Chaillou tempère l’enthousiasme de certains : « Il faut être modeste et prudent et ne pas se lancer dans des choix hâtifs ».


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