Jeudi 3 avril, la troupe rassemblée par la chorégraphe et performeuse coréenne Eun-Me Ahn a enflammé la salle Touchard d’Orléans pleine à craquer. L’utilisation totalement inédite des nouvelles technologies de projections, le jeu des lumières, la musique et surtout la danse ont construit un spectacle follement prenant.

Un environnement féerique. Photo Sukmu Yun
Par Bernard Cassat.
C’est une forêt à l’envers très lumineuse qui nous accueille, et qui laisse un espace scénique délimité par des murs en tuyaux de climatisation. Dans une sorte de procession traditionnelle, des figures en habits étranges traversent la scène. L’orient s’empare du lieu, avec des images qui partent des clichés (démarche à petits pas, costumes en soie, musique traditionnelle de percus en bois) pour les tordre petit à petit. Les mélanger à ces tuyaux flexibles qui font les murs de scène, mais qui peuvent faire aussi de drôles d’accessoires de mise en scène.
Avec des ruptures violentes de lumières et de musique, le jeu avec la tradition prend son rôle de moteur dans ce qui devient un spectacle totalement contemporain et totalement inédit. Des images sont projetées sur l’écran devant la scène, qui pourtant reste complètement invisible. Des nuées, des fontaines, des merveilles d’inventions visuelles qui vont jusqu’à des vidéos de danseurs.euses avec lesquelles jouent les vrais danseurs.euses sur scène. Le dispositif est assez sidérant.

L’utilisation du décor original. Photo Sukmu Yun.
Et l’énergie de la danse assez prenante aussi. Des moments particuliers s’installent, deux ou trois danseurs, des bulles projetées qui les isolent comme s’ils étaient vraiment dans des ballons transparents. Tout est minutieusement travaillé et tombe impeccablement juste. La très belle musique de Young-Gyu Jang, avec toujours un côté oriental, devient répétitive, utilisant beaucoup les tambours et faisant varier lentement les thèmes.

Les tuyaux-vers de terre, Photo Sukmu Yun.
Des gestes reviennent régulièrement, les robes en corolle qui tournoient, les sauts acrobatiques ou les pas de deux esquissés puis brisés, puis repris parfois avec un.e autre. Les sept jeunes danseurs.euses ont manifestement des influences diverses, mais tous.tes ont acquis les figures traditionnelles et la danse contemporaine, et aussi les danses de rue ou le hip-hop, toutes ces danses plus acrobatiques qui deviennent un bagage obligé des danseurs contemporains, dont ils s’emparent avec bonheur. D’ailleurs à un moment, chacun se présente, dans sa langue et tout en dansant. Des sous-titres projetés nous donnent la traduction. Ils et elles viennent de Malaisie, d’Indonésie, de Taïwan, du Japon ou de Corée du Sud. Ils expliquent rapidement comment ils sont entrés dans la danse.

Des dragons danseurs. Photo Sukmu-Yun.
Et les séquences continuent, notamment un grand moment magnifique qui transforme tout le volume scénique en aquarium. Deux danseuses habillées sobrement en noir évoluent sur les mêmes gestes, rejointes ensuite par d’autres. La musique plus lente devient solennelle, les images de végétation tout autour de l’écran renforcent l’impression. Une autre séquence, plus tard, projette des danseurs en gros plan sous l’eau. Eun-Me Ahn mène cette danse aquatique impressionnante. La chorégraphe et performeuse coréenne, proche à cet instant des danseurs de buto, nous regarde sous l’eau puis apparaît véritablement sur la scène pour continuer sa danse.

L’énergie de l’Asie. Phto Sukmu-Yun.
Et nous mener à un final époustouflant qui rassemble toute la troupe à l’unisson. Un vrai moment de danse d’aujourd’hui, rythmée, magique. Et puis des projections de personnes se multiplient sur l’écran, images comme danseur réels, tapant dans leurs mains et sur le corps en suivant la musique, et même criant leur énergie. Ils et elles diffusent une énergie incroyable et joyeuse. Les six avatars viennent s’intercaler pour l’apothéose de ce final irrésistible.
Les vrais danseurs.euses pourront aller revêtir leurs costumes dorés pour les salutations et recevoir le triomphe mérité !
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