Claire Simon est venue samedi au festival Récidive 62. Elle a d’abord, dans l’après midi, donné une très belle leçon de cinéma, parlant de son travail et de sa vie. Et le soir, avant la projection de son film Les bureaux de Dieu, elle a reçu le prix Jean Zay décerné par toute l’équipe du festival.

Pendant la leçon de cinéma. Photo MC
Par Bernard Cassat.
À Canopé samedi après midi, Claire Simon s’est pliée avec bonheur à l’exercice, mis en place par le festival, des leçons de cinéma. Conduite par Antoine de Baecque, elle y a raconté son enfance dans le Sud-Est, à Saorge, et les hasards qui l’ont menée à entrer dans le monde du cinéma. « J’ai très vite senti que le cinéma était un lieu de pensée populaire ». Cette alliance lui convenait. Et elle s’est tout de suite inscrite dans la question du rapport de l’image au réel, autant dans les documentaires que dans les fictions.
Elle a commencé par le montage, puis a réalisé des courts métrages pour finalement se lancer dans des films longs. En technicienne passée par tous les postes de l’équipe, elle domine complètement le savoir-faire. Elle a même longtemps enseigné à la Femis, cette grande école française de cinéma.
Après un extrait de Récréation, sorti en 1992, elle a expliqué le tournage en solitaire, et comment elle a tenté de saisir les histoires racontées par les enfants. « Je voulais faire une topologie affective de la cour ». Il a fallu, pour que le docu passe à la télé, qu’elle améliore le son. Elle a donc innové en faisant réaliser par les enfants leur propre doublage. Une technique qu’elle reprendra dans plusieurs autres films documentaires.

Un enfant pendant la Récréation. Capture bande annonce
Après un extrait de Mimi, sorti sur les écrans en 2002, Claire Simon a parlé de cette amie qu’elle avait dans le Sud. Pour que les paroles soient vraies, il fallait qu’elle trouve un dispositif de cinéma. Elle choisissait donc un lieu pour qu’arrive dans la réalité une scène où Mimi racontait un souvenir ou un fait qui lui était arrivé.
Un extrait de Notre corps, sorti en 2023, a constitué la dernière partie de cette leçon. Ce film où elle regarde les patientes du service de gynéco de l’hôpital Tenon. Elle a insisté samedi sur l’importance de voir le corps, de nommer ses parties. Même et surtout pour les médecins et chirurgiens qui interviennent. Dans ce film, elle accepte aussi de montrer son corps, puisqu’un cancer l’a fait passer devant la caméra.

Hélène Mouchard-Zay, Claire Simon et le prix Jean Zay. Photo Coralie Vallée.
Le soir, au cinéma des Carmes, elle a reçu le prix Jean Zay. L’équipe du festival a annoncé également que le prochain festival serait un Récidive 1936. Le Front populaire, avec en toile de fond le fascisme italien et le nazisme allemand. Et l’Espagne et sa terrible guerre civile. Année pleine d’espoirs mais aussi de menaces. Tout ce qui fait les bons films…
À lire aussi : Récidive 62 : René Vautier, une caméra au service de l’Algérie