Acteur, comique, théâtre ou stand-up ? Joël Maillard, avec humour et raffinement, propose deux spectacles à Saran, un seul en scène et un duo. Il nous a confié ses réflexions sur son travail, lui qui justement essaye de réfléchir à sa pratique de scène.

Joël Maillard vu par Photo David Gagnebin de Bons.
Propos recueillis par Bernard Cassat.
Votre spectacle Resilience mon cul ! est annoncé comme un seul en scène. Du côté du stand-up, de la performance ou du théâtre ?
Je voulais faire un stand-up. Un texte dont le personnage parlerait à la première personne, et que cette première personne, ce serait moi. D’habitude, j’ai des personnages, mais c’est rarement moi. Je me suis demandé ce qui se passerait si je parlais en mon nom. Sans le rideau de la fiction. Et ça pour moi, c’est la définition du stand-up. Outre que par ailleurs, il s’agit de déclencher les rires.
Le stand-up, c’est moins dense que le théâtre. Et je me suis dit que puisque c’en est un, il fallait que ça respecte les codes. Donc oui, des plaisanteries légères, il y en a. Et des passages obligés du stand-up, parler à un spectateur, dire des propos à connotations un peu sexuelles. Le minimum syndical de vulgarité. Et l’aveu de l’échec de la tentative. Finalement, j’ai pas réussi à enlever totalement le rideau fictionnel. Plusieurs fois, deux fois en fait, je me retrouve à raconter des rêves que je suis censé avoir faits. Ce sont des récits fictionnels. Donc je me retrouve quand même à jouer quelque chose, avec beaucoup de récit. Les extrémistes du stand-up diraient que ça n’en est pas un.
Mais il y a une narration ?
Quand je rêve que j’ai été mandaté par la Confédération Suisse pour faire une vidéo de communication positive à des fins pacificatrices, pour la paix dans le monde, et que je me retrouve enfermé dans le palais fédéral à Berne sans trouver la sortie, c’est quand même un récit. Il y a une fin. Et puis il y a d’autres fils assez longs… Il y a aussi tout un échange avec quelqu’un dans le public. C’est un échange assez long, assez protocolaire, beaucoup plus rigoureux que dans les stand-up où on aborde quelqu’un dans les premiers rangs, comme ça, sans demander la permission. Moi je demande. Avec cette personne, il se passe un truc qui a une fin, un aboutissement écrit.
Le moteur, c’est l’humour ?
Oui, J’aime bien me donner des contraintes formelles. C’est la première fois que je fais un spectacle dit d’humour. Enfin c’est pas vraiment programmé comme tel. Je ne passe pas dans des comedy clubs ou des festivals d’humour…
Quel type d’humour vous convient le mieux ?
Un humour très noir et un peu désespéré. Mais j’aime bien m’en sortir avec une certaine candeur et une certaine naïveté. Parce que j’ai quand même une solution pour la paix sur terre, quoi !
Vous y arrivez ?
Bien sûr que non, je n’y arrive pas. Justement, je reste coincé dans le palais fédéral à Berne. Tout finit assez mal en fait. Il y a d’un côté une tentative de candeur, voire même d’utopie. Et de l’autre côté, ça ne marche pas.

Résilience mon cul! Capture du spectacle.
Pourquoi la résilience et pourquoi le cul ?
Ça parle beaucoup de souffrance. Et du fait qu’on ne peut pas sortir de la souffrance, qu’elle soit individuelle ou collective, par une pensée magique du type « il faut être résilient ». Il y a l’idée que si on n’arrive pas à surmonter nos traumatismes, petits et grands, c’est notre faute parce qu’il existe quelque chose qui s’appelle la résilience, et qu’on n’arrive pas à l’attraper. Comme si on avait mal à la tête tout le temps et qu’on nous disait « il y a de l’aspirine, pourquoi t’en prends pas ? ». Ce n’est pas donné à tout le monde. Je crois que les individus résilients, ce sont des gens qui ont du bol. En terme sociétal, on est assez proche de la pensée magique. Ce n’est pas le fait de penser qu’on est une société résiliente qui va faire qu’on va surmonter certaines des crises en cours…
L’état du monde, ça vous importe beaucoup. C’est de ça que vous voulez parler ?
Oui. Je parle beaucoup de ça. La dimension politique est là. Un peu de religion et pas mal de décroissance sur la fin, et d’ubérisation. Mais plutôt par la bande. Par rapport à Pamina de Coulon, qui a joué chez vous, elle est très rigoureuse, très documentée. Elle comme moi, on essaie de dire ce qu’on pense. Mais moi je le dis de manière plus diffuse.
Plus dilettante ? C’est un terme qui revient souvent autour de vous…
C’est un rapport que j’ai avec les formes que j’essaie de déployer. Faire un spectacle à visée humoristique sans avoir jamais pratiqué l’humour, comme ça. Je n’ai pas pris de cours, je ne suis pas très drôle dans la vie… Je me lance dans des pratiques sans avoir les compétences techniques. Et je trouve ça extrêmement joyeux…
Enfin vous êtes un homme de scène ! Et même un homme de groupe, de troupe ?
Ma compagnie, ce n’est pas une troupe avec des collaborateurs réguliers. Pour chaque projet, l’équipe change. Les gens reviennent, mais je n’ai jamais fait de spectacles avec exactement les mêmes. En fait, j’aime assez les duos.

Nos adieux (Remake). Photo David Gagnebin de Bons
Alors justement, l’autre spectacle que vous présentez à la Tête Noire est un duo, Nos adieux. Comment ça s’est monté ? C’est quoi, cette histoire d’anglais ?
J’ai convié Louise à faire un spectacle en anglais, sous-titré en français, comme tout spectacle en langue étrangère. Mais évidemment, les sous-titres ne sont pas la traduction exacte de ce qu’on dit, loin s’en faut. C’est très exigeant pour la personne qui écoute et qui lit, et ça demande un bon niveau d’anglais. Alors on a triché. On raconte ce qui nous a amené à faire ce qu’on est en train de faire. Deux personnes nous ont dit des choses déterminantes. Un directeur de théâtre moitié breton, moitié corse qui nous a dit que plutôt que de faire ce truc en anglais, on devrait vraiment se demander ce qu’on voudrait faire si c’était la dernière fois qu’on montait sur scène, étant donné qu’on est plus très jeunes. Comme si on faisait nos adieux. Et suite à ça, nos tutelles nous ont imposé les services d’une metteuse en scène bavaroise. Et elle a un vrai problème de caractère. C’est un clown, en vrai. On va comprendre ça…
Avec le ressort de l’humour, là aussi ?
En partie. Mais c’est un humour qui peut aller assez loin dans les propos. Parce que ni le metteur en scène breton-corse ni la bavaroise sont très tendres avec nous. Et ils écrivent sans filtres… Mais c’est aussi un spectacle décalé. On est en 2065 et Louise et Joël s’écrivent des lettres pour se remémorer le spectacle créé en 2023.
Deux spectacles à la Tête Noire
Nos adieux (Remake)
Louise Belmas, Joël Maillard
Mercredi 26 mars, 20h30
Résilience mon cul
Jeudi 27 mars, 19h30
Renseignements et billetterie ici
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