Figure centrale du quartier populaire de l’Argonne au cœur de la vie associative, la militante humaniste vient d’être honorée par la ville. Disparue en 2022, elle a aussi été une voix dans la transformation radicale de ce quartier.
Philippe Legrand et Serge Grouard dévoilent la plaque en hommage à Marie-Jo Legrand. Photo Magcentre
Par Jean-Jacques Talpin.
Le centre social Grand Villiers porte désormais le nom de Marie-Jo Legrand. Accédant au souhait de sa grande famille et notamment de son mari, Philippe Legrand, longtemps conseiller municipal d’Orléans, la ville vient en effet de rendre hommage à cette « femme investie sans relâche pour promouvoir le lien social et dynamiser la vie associative ». Depuis 1979 elle s’était investie dans ce quartier populaire et délaissé en multipliant les initiatives toujours au service des femmes et de la diversité. Cette « défricheuse de talents » aura eu à cœur, notamment en mettant sur pied le « réseau d’échanges réciproques de savoirs », de mobiliser les énergies dans des ateliers informatiques ou de cuisine (avec même la publication d’un ouvrage de recettes), de tricot, de peinture, avec une « pause santé ». Et cela toujours au service des femmes de cultures et d’horizons divers qui trouvaient auprès de cette militante associative le soutien, l’écoute et le partage des expériences.
Dans la mouvance chrétienne
Marie-Jo Legrand aura aussi été la cheville ouvrière dans la construction d’un four à pain où les pratiques de cuisson de plusieurs horizons du monde pouvaient s’épanouir. Elle fut aussi au centre de toutes les énergies du quartier, avec les écoles, la bibliothèque, le marché et diverses associations. Elle était également le symbole d’une époque quand des agriculteurs de certaines régions – la Loire-Atlantique pour elle – quittaient dans les années 50 leur territoire pour émigrer vers des terres agricoles plus accueillantes comme le Loiret où du foncier était disponible. De ses origines rurales elle n’oublia rien, devenue aide familiale puis travailleuse familiale et surtout militante dans la mouvance chrétienne de la JAC (jeunesse agricole chrétienne) et du MRJC (Mouvement rural de la Jeunesse chrétienne).
Une Bonne partie de l’Argonne présente à l’hommage. Photo Magcentre
Plus tard elle émigra vers Orléans et notamment vers le quartier de l’Argonne qui allait connaître une véritable révolution dans les années 80 avec la démarche des DSQ (développement social des quartiers) et de la rénovation urbaine.
De l’humain dans la révolution urbaine
Son itinéraire colle d’ailleurs avec cette révolution urbaine dont les initiateurs comme l’ancien maire Jean-Pierre Sueur ou les hommes et femmes de terrain Say Sirisouk et Brigitte Jallet sont venus rappeler la mémoire de « cette femme forte, humble jamais sur le devant de la scène mais qui ne voulait que faire briller les autres ». Si l’appellation n’existait pas encore, elle fut à l’avant-garde de « la démocratie participative » afin que la grande transformation du quartier ne se limite pas à l’urbain mais privilégie d’abord l’humain. C’est ce que Serge Grouard a tenu à rappeler en insistant sur l’engagement de Marie-Jo Legrand dont « l’ambition était d’abord d’être au service des autres, de faire et donner ainsi un très bel exemple pour donner l’envie de s’investir ». À défaut de médaille qu’elle n’aurait jamais revendiquée, son nom au chapiteau du centre social Grand Villiers brille ainsi comme une belle décoration !
Plus d’infos autrement :
Jean-Pierre Sueur : « En 42 ans, j’ai tout aimé ! »