Après l’adoption du budget de l’État, les villes ont plus de visibilité pour adopter leurs budgets primitifs. Tours a adopté le sien, Orléans en est encore au stade des orientations. Dans les deux cas, la fiscalité reste stable… tout autant que l’autosatisfaction !
Les comparaisons avec Tours rythment régulièrement les séances du conseil municipal d’Orléans. ©37°
Par Jean-Jacques Talpin.
Il y a – au moins – deux dates dans l’année où l’autosatisfaction des élus atteint son comble : à l’été souvent quand ils examinent le compte administratif qui relate les réalisations concrètes de l’année passée. Et la fin d’année quand est présenté le budget primitif de l’année à venir. Ce calendrier a été quelque peu chamboulé cette année faute de budget de l’État. Il aura fallu en effet attendre le 6 février pour que le Sénat adopte définitivement le Projet de Loi de Finances 2025, ce qui permettait donc aux collectivités de se lancer à leur tour dans les débats budgétaires. Tours n’a pourtant pas attendu en adoptant son budget primitif dès le 3 février alors qu’Orléans en est toujours au débat d’orientations budgétaires avec un budget annoncé comme définitif le 17 mars. Dans les deux cas pourtant l’ardoise que réclamait l’État aux villes – plus de 5 millions pour Orléans, 7 millions pour Tours – a été sensiblement adoucie, ce qui permet aux deux villes de maintenir la fiscalité au même niveau (mais à un an des élections municipales une augmentation aurait été ravageuse !).
Petite réduction d’emplois
Et à Tours comme Orléans le même message est adressé à la population : nos finances sont saines, la ville est bien gérée ! Circulez, il n’y aurait presque rien à voir ! Certes à Orléans des indicateurs sont à l’orange comme l’épargne disponible inférieure à 10 millions. Mais grâce à des économies de gestion la ville absorbera l’effort demandé par l’État et notamment l’augmentation des ponctions au profit de la CNRACL (Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales). En 2025 près de 35 postes ETP (équivalent temps plein) seront supprimés permettant une économie de 1,3 million. Mais comme le rétorque Serge Grouard à l’opposition inquiète pour l’emploi, le solde social reste positif : 1 560 emplois à la mairie en 2021, 1750 fin 2024. Car Orléans comme les autres villes est touchée par la même maladie infantile des collectivités : embaucher des fonctionnaires !
Tours à la ramasse ?
Face à l’incrédulité supposée de la gauche, trois adjoints sont toujours disponibles pour annoncer des bonnes nouvelles ou trouver des boucs émissaires, l’État en premier lieu : Olivier Geffroy, Charles-Éric Lemaignen et Florent Montillot. Ce dernier, premier maire-adjoint, souvent à la charge contre le conseil régional, aime aussi taper sur une autre victime : la ville de Tours, dirigée il est vrai par une alliance de gauche arc-en-ciel. En cause, le bon niveau des investissements à Orléans (53 millions annoncés en 2025) et le sous-équipement supposé de Tours, ce qui en ferait une ville de seconde zone. Et cela pourtant alors que Tours a inscrit 62 millions d’investissements à son budget primitif. Chiffre ravageur : la différence de dépenses d’équipement entre les deux villes en 24 ans atteindrait 1 milliard d’euros ! « Regardez, insiste Florent Montillot, nous avons deux lignes de tram alors que Tours peine toujours à définir le tracé de sa seconde ligne ».
Dette : l’une chante, l’autre pas !
M. Montillot évite cependant de rappeler que ses amis de la droite orléanaise ont tout fait pour faire capoter la première ligne de tram alors pilotée par le socialiste Jean-Pierre Sueur. Sans avancer de démonstration, le premier maire adjoint dénonce même « la situation invraisemblable des écoles à Tours », ce qui la rapprocherait de Marseille. Pas un mot non plus sur un récent classement évoqué par la socialiste Ghislaine Kounowski plaçant Tours à la 23e place des villes où il fait bon vivre alors qu’Orléans ne détient que le peu enviable rang de 45e (et 32e en 1980). Un seul point cependant oppose les deux villes : le niveau de la dette. Alors qu’à Orléans l’endettement devrait passer de 90 à un peu moins de 100 millions, Tours traine une dette historique de 187 millions en 2024 et sans doute 197 en 2025. Un « bon résultat » cependant pour l’adjoint aux finances Frédéric Miniou et même un « record » en rappelant que cette dette qui embolise les finances de la ville depuis des décennies a diminué de 50 millions depuis 2008.
Attention, élections !
À Tours comme à Orléans, l’autosatisfaction des élus se joue des chiffres ou de l’opacité des comptes. Serge Grouard pourtant qui se réjouit « qu’Orléans soit définitivement installée comme une ville de première division » annonce pourtant des demains qui déchantent avec des budgets à venir qui seraient plus douloureux. Encore faut-il que les futures élections ne mettent pas à mal tous ces beaux équilibres. Comme le résume sobrement dans un message politique à peine voilé Charles-Éric Lemaignen : « L’avenir d’Orléans est en de bonnes mains. Il ne faudrait pas gâcher cela dans les années à venir »…
Plus d’infos autrement : Les collectivités dépassées par le flou budgétaire