“L’âge mûr, la jeunesse”, ce bronze, cette somptueuse voile, cet équipage de trois personnages créé par Camille Claudel, ce numéro 1 de la fonte d’Eugène Blot qui a hanté le siècle en secret depuis un siècle, a fait s’envoler les enchères lors d’une vente orléanaise radieuse et enthousiasmante.
Par Jean-Dominique Burtin.
Record et ovation debout

“L’âge mûr” et toile de Grau Sala à l’Institut. Photo : JDB.
Record et ovation debout à l’issue du dernier coup de marteau. Estimée entre un million cinq et deux millions d’euros, cette œuvre de Camille Claudel (1864-1943), mise aux enchères ce dimanche à la salle de l’Institut d’Orléans, sous le ministère de maître Matthieu Semont, son découvreur, a finalement été adjugée trois millions cent mille euros au terme d’un long temps de vente où se sont succédé les silences et les temps de respiration orchestrés par le commissaire-priseur.
Ce dernier officia avec gravité, humour et sérénité, harmonisant les offres émanant de la salle des plateformes Inter’encheres et Drouot (550 inscrits pour enchérir) et de communications téléphoniques (six inscrits reconnus sur ce medium pour enchérir également durant la vente). À noter que des offres pouvaient émaner de la salle de l’Institut où 350 personnes, venues de France et d’ailleurs, avaient aussi leur mot et leur offre à dire.
Avec âme, sourire, pudeur et ferveur
En vérité, ce dimanche, chacun retient son souffle sous les lustres de verre, dans cette salle de l’Institut romantique aux fauteuils de velours rouge dont les miroirs et les bustes célèbrent les compositeurs qui ont marqué l’histoire de la musique. Tout se tient au pied de la cathédrale Sainte-Croix et à deux pas du musée des Beaux-arts d’Orléans. À noter que ce dernier conserve, dans sa salle du vingtième siècle, une longue et vaste fresque « Choses vues en Mai 68 », triptyque de près de dix mètres déposé au MBA depuis 1994 par le musée d’art moderne, signé Jean Hélion, pseudonyme de Jean Bichier (1904-1987). De cet artiste, « L’étude pour figure brillante », aquarelle et gouache sur papier, était en vente ce dimanche.
Mais revenons à cette vente proprement dite à la salle de l’Institut où Matthieu Semont tient une nouvelle fois à revenir en public sur la beauté de l’œuvre de Claudel qu’il défend avec âme et ferveur, sur les conditions de sa magique découverte. Impossible pour lui de ne pas remercier une notaire qui lui a confié cette prisée dans un appartement parisien et ce vendeur qui lui a fait confiance, ainsi que son équipe Philocale et tous ses confrères. De tout cela, le maître d’œuvre se dit avec empathie honoré et, faisant un pas de plus dans l’émotion, et la pudique intimité, tient même à saluer son père, présent dans la salle, un père dont il est « fier » et qui fête ce dimanche même son propre anniversaire.
Quatorze numéros ravissent l’attention
Sur la scène de la salle de l’Institut, que
Matthieu Semont n’arpente plus cette fois en tant que chanteur ou violoniste, la vente se révèle passionnante et les quatorze numéros, issus du même appartement parisien, ravissent l’attention. À commencer par cette toile d’Emilio Grau Sala ravissante « Femme à la tranche de pastèque » partie pour 10.100 euros, une « Plage de Bernard Buffet » partie pour 65.000 euros ou ce « Bord de mer » d’Emile-Othon Fiesz acquise peu à peu et suscitant les sourires et les rires lors d’une quasi partie de ping-pong à 500 euros chaque échange, pour 105.500 euros. Si joli était par ailleurs ce Jardin du Luxembourg, d’André Hambourg emporté à 3.500 euros. Mais, quel dommage, nous ne pouvions avoir la main…
De belles cotes et de jolies notes

Matthieu Semont, commissaire-priseur éloquent. Photo JDB.
En vérité, le marché l’art a donné ce dimanche, de belles cotes à des œuvres de toute beauté. Mais la bonne note s’adresse à Philocale, maison de vente orléanaise. «
Dans notre métier, nous ne cessons de douter, et je doute même de mes certitudes », nous confiait Matthieu Semont, passeur de trésors, heureux d’une vente où les lots se sont défendus joliment avec des offres concurrentielles évoluant au même rythme et en même temps. Il se félicitait aussi que lors des visites de l’œuvre, de nombreux enfants soient venus appréhender le sens de la vie et l’évocation d’une destinée possible avec laquelle composer. Question tempo, Matthieu Semont n’a pas caché que son cœur «
battait la chamade » car, pour lui, il n’est pas si facile de «
défendre quelque chose de si fort ».
Qui a fait l’acquisition par téléphone de « L’âge mûr, la jeunesse », l’œuvre de Camille Claudel, fonte n°1 d’Eugène Blot ? Philocale, intermédiaire de fait entre vendeur et acquéreur, nous informait ne pas pouvoir encore révéler le nom de l’acquéreur, qu’il soit particulier ou institutionnel. En attente d’information, reste que pour tout un chacun, depuis ce dimanche, le numéro 1 de la fonte d’Eugène Blot est bel et bien ressuscité dans un moment d’allégresse absolue. En hommage à
Camille Claudel, artiste à l’œuvre de lumière.
Sous le feu des enchères, carton plein
« L’âge mûr », modèle créé en 1899. Bronze de Camille Claudel (1864-1943), fonte Eugène Blot Paris 1907. Exemplaire n°1 signé. H. 61.5, L85, P37,5 cm. Estimation entre 1.500.000 et 2.000.000 euros. Vente à 3.100.000 euros.
« Pénélope au fuseau », bronze d’Émile Antoine Bourdelle (1861-1929). Estimation entre 4.000 et 7.000 euros. Vente à 16.000 euros.
« Baigneuse », bronze d’Aimé Jules Dalou (1838-1902). Estimation entre 7.000 et 10.000 euros. Vente à 10.000 euros.
« Tête de femme » dite aussi « Tête de la chasteté ». Terre cuite de Jeanne Bardey née Bratte (1872-1954). Estimation entre 2.000 et 3.000 euros. Vente à 3.500 euros.
« Deux femmes et deux enfants », huile sur toile d’Emilio Grau Sala (1901-1975). Estimation entre 2.000 et 3.000 euros. Vente à 5.000 euros.
« Femme à la tranche de pastèque », huile sur toile d’Emilio Grau Sala (1901-1975). Estimation entre 3.000 et 5.000 euros. Vente à 10.100 euros. (Sous applaudissements légitimes).
« Le jardin du Luxembourg au printemps », délicieuse huile sur toile d’André Hambourg (1909-1999). Estimation entre 2.500 et 3.000 euros. Vente à 3.500 euros.
« La baie des Canoubiers à Saint-Tropez », huile sur toile de Charles Camoin (1879-1965). Estimation entre 8.000 et 10.000 euros. Vente à 15.000 euros.
« Plage en Bretagne, 1963 », huile sur toile de Bernard Buffet. Estimation entre 30.000 et 40.000 euros. Vente à 63.000 euros.
« Église du village, circa 1920 », huile sur toile de Maurice de Vlaminck (1876-1958). Estimation entre 15.000 et 20.000 euros. Vente à 20.000 euros.
« Bord de mer » (La Ciotat ?) », huile sur toile de Emile Oton Friesz (1879-1949). Estimation entre 80.000 et 100.000 euros. Vente à 105.500 euros.
« Promeneurs sur les quais de la Mégisserie, circa 1930 ». Huile sur toile de Georges d’Espagnat (1870-1950). Estimation entre 3.000 et 4.000 euros. Vente 2.000 euros.
« Etude pour figure brillante, 1936 ». Aquarelle et gouache sur papier de Jean Hélion (1904-1987). Estimation entre 7.000 et 10.000 euros. Vente à 9.800 euros.
« Vallée de Chevreuse, circa 1885 ». Huile sur toile d’Armand Guillaumin (1841-1927). Estimation entre 8.000 et 10.000 euros. Vente 13.000 euros.

Une œuvre de Bernard Buffet et les enchères par téléphone. Photo JDB.
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