Charisme musical d’exception aux Matinées du piano d’Orléans

Sobriété. Harmonie. Elégance. Fulgurance et audace. Ce dimanche 26 janvier, à la salle de l’Institut d’Orléans, Chae-Um Kim et Chi Ho Han, jeunes pianistes coréens, ouvrent leur concert avec les Structures, livre 1 pour deux pianos (1952) de Pierre Boulez. « Une sorte de lutte entre deux pianos » prévient en souriant Françoise Thinat, pianiste et fondatrice d’Orléans Concours International.


Par Jean-Dominique Burtin.


Une alchimie de météores sonores

 

Chi Ho Han et Chae-Um Kim. Photo Patrick Nachbaur.



Sur la scène de la salle de l’Institut, avec les Structures 1, de Pierre Boulez, les deux interprètes coréens sont au service d’une partition qui n’a de cesse d’alerter l’ouïe. Ils se révèlent tels des funambules en osmose n’ayant de cesse de progresser sur un fil constamment sous tension. Place, ici, à l’alchimie de météores sonores, à un discours abstrait qui n’en finit pas de saisir et de captiver. Ici, l’un des pianos est mis à rude épreuve et l’accordeur, Lionel Labriffe, devra du reste, lors d’un changement de plateau, prodiguer des soins, le temps de quelques minutes, à une corde des aigus qui a par ailleurs trop souffert du jeu.

De magnifiques élans sur Stravinsky

S’ensuit le magnifique Concerto, pour deux pianos seuls (1935), d’Igor Stravinsky. Ce dernier s’ouvre sur un sortilège d’effleurements du clavier avant que ne s’envolent d’amples ou brèves, comme interrompues pour ne pas trop en dire, phrases musicales. Le dialogue des deux artistes est à la fois grave et cristallin. Tout est d’une spatialité martelée avec, par instants, un soupçon de romance à parfum de jazz. Oui, ici, le jeu des pianistes est d’une affolante précision et d’une délicatesse d’orfèvre dans la virtuosité. Les nuances sont intenses, les mains semblent danser sur le clavier tels des corps animés d’une même âme.

Scène musicale et spectre électroacoustique

À l’invitation d’Isabella Vasilotta, Rosa Park, directrice de l’Académie internationale coréenne, introduit ensuite l’œuvre pour piano à quatre mains et dispositif électronique de Didier Rotella, créée à Séoul. Cette personnalité avenante ne peut alors que saluer « l’ardeur spontanée » de Françoise Thinat engagée dans la défense et la transmission du répertoire moderne et contemporain.

 

Pantomimes pour piano préparé. Photo Patrick Nachbaur.



Ainsi, place à un essaim de rumeurs sonores dès les premiers instants de « Pantomines », pièce pour piano et électroacoustique de Didier Rotella, œuvre tour à tour tribale et percussive, gutturale, oscillante. Commande du Fonds de dotation Galaxie-Y avec le soutien de la Fondation Salabert, dédiée à Rosa Park et à Françoise Thinat, cette pièce fut créée le 18 février 2024 au Séoul Séoul Art Center, Concert Hall, par Eunji Han et Hyunjeong Kim.
 
Voici, à Orléans, une boite à musique désarticulée à la fluidité charriant par instant une pluie de notes tels des éclats de verre. À n’en pas douter, cette œuvre illustre de la plus belle des façons le souffle du Concours de piano d’Orléans. Elle n’en finira pas de hanter les ors de l’Institut. À l’issue de l’interprétation, le compositeur, enthousiaste, montera même sur scène aux côtés des interprètes pour saluer le public.

Hommage sensible aux Semaines musicales d’Orléans

En fin de ce concert exceptionnel, exigeant, chaleureux et harmonieux autour de la personnalité de Jean-Etienne Marie, fondateur des Semaines musicales internationales d’Orléans aujourd’hui disparues, les deux pianistes offrent, en délicieux apaisement, deux rappels : Le Jardin de Dolly, de Gabriel Fauré, et La noce des souris, de Florent Schmitt. Instants suspendus.

 

Pierre Boulez, sculpture de Sylvie Desmoulin. Photo Patrick Nachbaur.



À dire vrai, ce dimanche, c’est à l’une des Matinées du piano des plus audacieusement accomplies que l’on a pu assister. Elle fut, en outre, rehaussée par la présence du buste en terre cuite de Pierre Boulez réalisé par Sylvie Desmoulin, sculptrice également venue à la rencontre des mélomanes dans le grand hall de la salle de l’Institut. Ce dimanche, cet espace apporta son lustre à l’œuvre éloquente et préalable au bronze de plus grande taille qui sera, le 20 mars, apposé sur l’esplanade Pierre Boulez, à Montargis.

 
Les solistes entourent I. Vasilotta, F. Thinat, R. Park. Photo: Patrick Nachbaur.
 
 
 
 

Commentaires

Toutes les réactions sous forme de commentaires sont soumises à validation de la rédaction de Magcentre avant leur publication sur le site. Conformément à l'article 10 du décret du 29 octobre 2009, les internautes peuvent signaler tout contenu illicite à l'adresse redaction@magcentre.fr qui s'engage à mettre en oeuvre les moyens nécessaires à la suppression des dits contenus.

Centre-Val de Loire
  • Aujourd'hui
    • matin 11°C
    • après midi 23°C
  • samedi
    • matin 10°C
    • après midi 22°C
Copyright © MagCentre 2012-2025