Marine Tondelier à Montargis, dans les pas de René Dumont

Marine Tondelier était samedi à Montargis, ville où René Dumont, l’un des pères de l’écologie politique, a passé ses jeunes années. Elle est venue inaugurer son portrait sur la route départementale des Illustres, ainsi que la plaque d’une allée à son nom. Elle en a profité pour prendre le pouls politique du Montargois, avec en ligne de mire les élections municipales de mars 2026.

Les fenêtres de la demeure familiale de René Dumont donnaient sur le boulevard des Remparts, un paysage qui n’a guère changé depuis – photo Izabel Tognarelli



Par Izabel Tognarelli.



Depuis plus de six mois, la sphère écologiste – et politique – montargoise bruissait de la nouvelle : Marine Tondelier, secrétaire générale du parti Les Écologistes, est attendue à Montargis. Un vrai serpent de mer : viendra, viendra pas ? En fait, sa venue était bel et bien prévue, de façon tout à fait ferme, à la fin du mois de juin 2024. Une banderole avait été déployée, barrant le frontispice de la grande salle des fêtes (impossible de la louper) : « assises de l’écologie ». On attendait d’en savoir plus, ce fut en vain : le 9 juin, la dissolution parlementaire rebattait les cartes, mettant par terre nombre de projets (y compris et surtout des projets de loi cruciaux, comme celui sur la fin de vie, qui n’a pas abouti). Balayée par cette crise politique, la banderole fut décrochée et on n’en sut pas davantage sur ce qui devait, initialement, se passer.

Entre barnum politique et Bay-rou de secours

Avec l’automne, le bruit est revenu : Marine Tondelier prévoit de venir courant décembre à Montargis. Dans l’intervalle, on en avait appris un peu plus : il s’agissait, pour le parti Les Écologistes, de célébrer le cinquantenaire de la première candidature écologiste à l’élection présidentielle, en 1974, incarnée par René Dumont. Tout le monde a en tête la vidéo de l’homme au pull rouge et au verre d’eau, désormais inscrite dans la mémoire collective, bien au-delà du cercle militant. Or René Dumont, l’un des fondateurs de l’écologie politique, avait sa demeure familiale à Montargis. Il participait activement au magazine Écologie, dont le cœur battant – imprimerie et rédaction – était ancré en terres montargoises.

La plaque René Dumont de la route des Illustres.


En décembre, avec la chute du gouvernement, on se disait que c’était cuit : comment, dans un tel barnum, une responsable politique pourrait-elle envisager de venir dans une petite ville comme Montargis ? Pourtant, elle l’a fait, et en l’écoutant s’exprimer, on a pu mesurer que René Dumont était sa figure tutélaire. Là où d’autres viendraient entre la poire et le fromage inaugurer une plaque de rue, Marine Tondelier s’est montrée impliquée, accompagnant Jean-Luc Burgunder qui fut pilier de l’écologie politique en région Centre-Val de Loire. Celui-ci a rappelé comment il était venu accueillir René Dumont à la sortie d’un avion, lors d’un retour d’Afrique de l’agronome, afin de lui demander, avec une petite délégation dans laquelle figurait Brice Lalonde, d’être candidat aux élections présidentielles. C’était en 1974, à la suite du décès du président Georges Pompidou. L’écologie politique ne coulait pas de source et la candidature d’un écologiste était alors une première.

Aux sources de l’écologie politique

Benoît Digeon, maire de Montargis, l’affirme sans ambages : « J’ai invité Marine Tondelier et Jean-Luc Burgunder à titre personnel, en dehors de toute considération politique. Nous sommes là pour l’histoire de Montargis ». En venant visiter la Venise du Gâtinais, Marine Tondelier marche certes dans les pas de René Dumont : elle est d’abord venue voir à quoi ressemble cette ville où il a passé ses jeunes années. Mais l’apparente candeur, l’aplomb et le naturel de celle que Time magazine a classée parmi les 100 personnalités les plus influentes au monde en 2024, voilent – à peine – l’animal politique qui casse les codes habituels dans ce milieu : elle a compris que l’enthousiasme et le sourire sont des clefs pour entraîner l’adhésion. Une fois les journalistes partis, en petit comité avec les militants, elle a annoncé ses intentions pour 2025 : elle viendra dans toutes les villes de droite susceptibles de basculer à gauche. La secrétaire nationale des Écologistes commence à analyser le terrain et préparer les listes écologistes en vue des élections municipales de mars 2026.

Agronomie, écologie et agriculture

En tant que conseillère d’opposition depuis dix ans à Hénin-Beaumont, Marine Tondelier connaît bien les ficelles du RN. Une expérience utile dans le paysage politique actuel, en région Centre-Val de Loire comme ailleurs. Mais il faut aussi que les écologistes parviennent à établir des liens de confiance avec le milieu agricole, en crise depuis plusieurs décennies. « René Dumont est devenu écologiste parce qu’il était agronome », explique cette petite-fille d’agriculteurs qui réfute l’idée d’une guerre entre écologistes et agriculteurs. Elle travaille régulièrement avec Benoît Biteau, agronome, agriculteur et député : ensemble, ils ont visité beaucoup de fermes, en 2024, représentant différents types d’exploitations et différents syndicats agricoles. « En réalité, l’écologie a besoin de tous les agriculteurs pour faire la transition, mais les agriculteurs ont aussi besoin de l’écologie : si on ne protège pas les sols, l’eau et la biodiversité, leur métier n’a pas d’avenir ».

Benoît Digeon, Marine Tondelier et Jean-Luc Burgunder, au départ de l’allée qui passe devant la demeure familiale de René Dumont – photo Izabel Tognarelli

 

À la croisée des chemins

Il est légitime de se demander comment Montargis, 15 000 habitants, peut se retrouver à la fois lié à l’origine du Parti communiste chinois et à celle de l’écologie politique. La réponse tient en un dénominateur commun : la famille de René Dumont. Dans les années 1910-1920, 4 000 étudiants chinois vinrent en France, en une sorte d’Erasmus avant l’heure. Certains vinrent étudier à Montargis. Les jeunes filles fréquentaient le collège du Chinchon, dirigé par la mère de René Dumont. Le futur agronome sympathisa avec ces étudiants, qui refaisaient le monde dans les jardins Durzy, situés à l’arrière de l’actuel musée Girodet. Leurs comptes-rendus de réunions étaient envoyés à Mao Zedong, resté au Hunan. Dans un de ces courriers, en date de juillet 1920, Cai Hesen explique à Mao Zedong la nécessité de fonder un parti politique servant de base à une nouvelle société. Cette lettre est considérée comme fondatrice du Parti communiste chinois, d’où un tourisme de pèlerinage et des échanges, à l’année.


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Montargis et la genèse de l’écologie politique

Commentaires

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  1. Si seulement ce message pouvait passer les barrières idéologiques qui cantonnent de trop nombreux agriculteurs à ne servir que de supplétifs à l’agro business et à l’industrie de la mort -lente -chimique…

  2. René Dumont a eu le courage de se présenter à l’élection présidentielle, dommage qu’il ai manqué de courage à l’époque ou Mitterrand était décoré de l’ordre de la francisque ! Et qu’une chefe de partie soit dans les pas de René Dumont, c’est inquiètant.
    Je préfère Adrienne Bolland héroïne Loirétaine, qui j’espère donnera son nom au Lycée de Châteauneuf sur Loire.

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