Une jeune femme orléanaise devenue mangaka (tome 1)

Charlotte Joriot a grandi à Saint-Jean-de-Braye dans une famille très investie dans cette commune. Elle s’est très tôt passionnée pour les mangas japonais, a appris la langue et est partie faire une école d’art de manga au Japon. Revenue en France, elle commence à percer dans ce milieu difficile. Dans une première interview, elle nous raconte son travail de mangaka (dessinatrice de manga).

Charlotte Joriot. Photo personnelle


Vous travaillez sur tablette graphique ?

Ça dépend. Le manga a un côté industriel, donc il faut fournir beaucoup de pages dans un laps de temps réduit. La tablette est plus efficace pour cela. Mais quand il s’agit d’œuvres plus importantes, d’art traditionnel ou pour des rendus spéciaux, je prends un stylo et du papier. On travaille sur un format B4 (25 cm sur 35 cm), donc un peu plus grand que du A4. C’est la taille des planches qu’on envoie à l’éditeur qui ensuite la réduit. Ça permet de faire plus de détails sur la page, et en plus petit, ça donne un beau rendu.


Beaucoup de détails dans les dessins. Il y a des pages simples, mais d’autres très complexes.

Contrairement au cinéma, on ne peut pas contrôler le regard du lecteur. Donc on a des techniques pour en jouer. Mettre des détails, ça permet de retenir son attention, de faire des pauses, de ralentir la lecture par un effet. Quand je mets beaucoup de détails à un endroit, ça veut dire qu’il faut s’arrêter, c’est généralement volontaire. Là où en BD on doit beaucoup s’imaginer ce qui se passe entre les cases, en manga on montre un maximum de choses comme dans un film. Et c’est pour ça que la lecture est très rapide, notre œil passe vite d’une case à l’autre, il peut identifier tout de suite… On dessine beaucoup de choses pour que le lecteur le lise vite.

Un page double. Allegoria. French Mangaka.


Toujours en noir et blanc ?

Pas tout le temps. Mais il y a une contrainte technique qui est le prix du papier et le coût de l’encre (un seul passage en noir). C’est moins cher à produire que les BD, ça colle avec ce qu’est devenue la société de consommation aujourd’hui. Les gens veulent tout vite et bien. Donc il faut s’adapter. C’est pour ça que le manga est très populaire actuellement.


Le travail du mangaka va du scénario à la réalisation. Pour le script, vous travaillez seule ?

Non. J’ai un suivi éditorial. J’écris un scénario avec beaucoup d’étapes. Déjà de la documentation. Quand on fait de l’anticipation ou du fantastique, il faut regarder ce qui s’est déjà fait. Ensuite, on commence à mettre en place les différents éléments, aller d’un point A à un point B, les lieux dans lesquels ça va se passer. Là, c’est plutôt l’éditeur qui nous oriente sur les meilleures étapes intermédiaires, le découpage en tomes, etc. Sinon, oui, je suis toute seule derrière.

Un détail d’une page d’Allegoria.


Le storyboard, c’est un découpage par page ?

Oui. On travaille tous différemment. J’ai un script qui décrit tout ça assez minutieusement. Ensuite je réfléchis case par case, je fais plein d’essais. Puis je montre le résultat à l’éditeur qui vérifie que je n’ai pas fait d’erreur de composition. Ensuite, je passe aux étapes suivantes.

Allegoria, votre premier tome publié il y a deux ans, mélange histoire d’ado, fantasy, SF dans un langage très abordable. C’est ça votre univers ?

Oui. Dans un manga, il ne faut pas chercher midi à 14h au niveau des dialogues. Souvent il y a beaucoup de bagarres. Moi j’aime pas trop. Il y en a peu dans mes livres, c’est une marque de fabrique. Mais puisque je ne suis pas Japonaise, l’intéressant c’est d’apporter ma touche d’occidentalisme. Montrer notre patte, notre vision du monde. Tous les mangas japonais, même de SF, sont très centrés sur le Japon. C’est très peu exporté. Alors dans mes mangas, mes personnages n’ont pas de noms japonais. Je voulais me rapprocher de ce que je connais, je me suis dit que ce serait un peu innovant… Pour les Allegories, je voulais donner du sens aux personnages, que ce sens soit un concept. C’est venu comme ça.

Le tome 2 est pour bientôt ?

Je suis sur le dernier chapitre.

Propos recueillis par Bernard Cassat.


Dans un deuxième tome, elle nous parlera de son parcours et du Japon.


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Commentaires

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  1. Plaisir de lire un article sur le Manga et sur cette abraysienne Mangaka. Belle ouverture de MagCentre.

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