Il y a un an, le Conseil régional du Centre-Val de Loire lançait son plan de lutte contre l’illettrisme. Jean-Christophe Ralema est le coordinateur de l’ALNCI dans cette région. Il nous éclaire sur les spécificités du Centre-Val de Loire et les initiatives innovantes mises en place afin d’aider les personnes en situation d’illettrisme.
Quand les lettres ne forment pas sens – photo Istockphoto – Olga Evtushkova.
Par Izabel Tognarelli.
La région Centre-Val de Loire n’échappe pas à l’illettrisme et à l’illectronisme. Même en ayant conscience de cette réalité, s’attend-on à apprendre que cette région, qui pourrait passer pour plutôt bien lotie, présente un taux d’illettrisme élevé au regard des autres régions de France métropolitaine ? Il est estimé qu’environ 7 % de la population française adulte est en situation d’illettrisme, soit à peu près 2,5 millions de personnes. Or en Centre-Val de Loire, l’illettrisme touche environ 10 % des 18-65 ans, soit environ 152 000 personnes (enquête GIP ALPHA Centre-Val de Loire, juin 2023). Jean-Christophe Ralema, coordinateur de l’ALNCI en région Centre-Val de Loire, a répondu à quelques questions sur ce sujet.
En quoi consiste le plan régional de lutte contre l’illettrisme ?
Le premier axe de travail a consisté à établir un diagnostic de l’illettrisme sur les six départements de cette région, avec pour but d’obtenir des données actualisées. Auparavant, les données régionales étaient connues par le biais d’enquêtes nationales et les résultats étaient globaux. La démarche est désormais inversée et le rectorat d’académie a été mis à contribution. Sur la base du test de lecture donné lors de la Journée défense et citoyenneté, le rectorat a mis en place un outil qui permet de mieux identifier les lieux où les élèves sont le plus en difficulté. « À présent, on a des données par territoires, sur la région. Cela nous permet d’être plus précis et de cibler les lieux où intervenir ».
Quelle est l’évolution des chiffres ?
Impossible de dire avec certitude quelle est l’évolution des chiffres de l’illettrisme et de l’illectronisme ces dernières années en région Centre-Val de Loire. « Nous n’avons pas de points de repère à ce sujet, car la première enquête date de 2022. Mais cette enquête nous a permis d’alerter les pouvoirs publics sur le fort taux d’illettrisme dans cette région ». Pour autant, des actions étaient en place depuis une vingtaine d’années, car le problème n’est pas nouveau. Ce qui change, c’est la précision des données destinées à conduire les politiques publiques.
Comment aller chercher les personnes concernées ?
Les personnes en situation d’illettrisme vont souvent mettre en place des stratégies de contournement, destinées à cacher leurs lacunes en lecture, écriture et calcul, considérées comme des compétences de base. L’illettrisme s’accompagne généralement d’un sentiment de honte, d’où la nécessité de détecter ces personnes afin d’aller vers elles (et savoir s’y prendre dans cette démarche pour ne pas commettre d’impair !). « On a un important travail à mener en termes de sensibilisation et de formations auprès des professionnels au contact avec ces publics, notamment les services sociaux, les personnels de France Travail et des Missions locales. Ce travail est mené par les centres de ressources illettrisme, et financé par le Conseil régional, en amont des actions de formations ».
En 2025, des actions spécifiques vont être mises en place à destination des publics en situation d’illettrisme et d’illectronisme, dans le cadre du nouveau programme de formations du Conseil régional Centre-Val de Loire.
Quelques actions en région Centre-Val de Loire
À Loches, le Conseil régional a mis en place une “action Permis de conduire” spécifiquement à l’attention des jeunes gens du voyage. Cette action leur permet de réacquérir des compétences de base et passer le permis de conduire, indispensable pour travailler.
À Lamotte-Beuvron, la médiathèque Cœur de Sologne met à disposition du public des ordinateurs et d’autres outils numériques, avec la présence d’un animateur. Mais il manquait une formation sur la question de l’illettrisme. L’ANLCI a développé un réseau de bénévoles formés afin d’accueillir ce type de public.
L’agence France Travail de Châteauroux-Balsan a mis en place un dispositif d’accompagnement des demandeurs d’emploi de longue durée en situation d’illettrisme. L’ensemble du personnel de l’agence a été formé et les personnes en formation sont directement incluses dans la construction de la solution en formulant leurs propres réflexions.
Dans le Montargois, un diagnostic territorial sur l’illettrisme a été mené en 2023. Une action est en cours avec l’AGAFOR, en direction des parents d’élèves, afin qu’ils puissent suivre la scolarité de leurs enfants (consulter les carnets de correspondance, suivre les relevés de notes, etc.). En amont, les services sociaux, les directeurs et directrices d’écoles ont été mobilisés afin que les difficultés de ces parents soient repérées et qu’ils soient orientés vers les dispositifs mis en place.
Par ailleurs, le centre de ressource contre l’illettrisme et l’AGAFOR se préparent à mener une action dans le Montargois, afin de mobiliser les chefs d’entreprises, comme cela a été fait en septembre 2024, à Orléans.
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Le Centre-Val de Loire, une des régions les plus touchées par l’illettrisme