La culture reprend ses droits avec bonheur. Samedi après midi 22 mai dans le hall de la Scène nationale, la formule installée par O’jazz et la Scène nationale il y a longtemps, a de nouveau fait entendre une voix tout a fait originale, sourdure. Un jeune Occitan fou de musique et de culture populaire. Ça tombait bien !
Il n’est ni sourd ni dur d’oreille, Ernest Bergez. Et pourtant c’est ainsi qu’il se nomme dans ses travaux de musique : sourdure. Le public remplissait la jauge permise, mais le concert était entièrement retransmis sur l’écran extérieur pour ceux qui ne pouvaient plus entrer.
Un bidouilleur de génie
Et quel concert ! Il est vraiment dans le public, sourdure, sans aucun effet ni artifice, proposant ses chansons comme il chanterait au coin du feu chez sa grand-mère ou dans le bistrot de la place du village. Bon, il a du matériel, tout de même, un incroyable matériel pas seulement rigolo mais efficace, qui lui permet de rentrer dans ce son totalement original qui est le sien. Il bidouille, il tripote des boutons, il touche ses micros, il lance des boucles ou des boites à sons, il secoue sa jambe pleine de grelots, mais il joue aussi, du violon et du rebec. Et parfois il souffle dans des genres de cornes.

Dans le hall du théatre. Ph BC
Une voix profondément simple et humaine
Mais surtout il chante, d’une voix assez grave, calmement posée, il psalmodie pour nous envoûter. Accents très arabes et pourtant ses mélopées sont occitanes. Et même du nord de l’Occitanie, vers le Massif Central. En fait, toutes ses chansons sont originales. Il s’est approprié le folklore de sa région et l’a tellement intégré qu’il peut désormais créer dans la lignée de cette culture profonde. C’est une entreprise extrêmement intéressante de continuité respectueuse du passé, même si ce passé est malmené, électrifié, distordu, transposé.
Il nous a expliqué qu’il vivait dans deux langues, le français et l’occitan, et que donc il ne cessait de traduire, de comparer. Mais au fond, il possède une troisième langue, sa musique, assez universelle. Même si on ne comprend pas les paroles occitanes, ses mélopées nous vont droit au cœur parce qu’elles portent en elles toutes les émotions de la musique électrique et de la voix humaine, les sons et les rythmes anciens qui ont pu entrer en nous et les modernes qui forment notre environnement sonore.
A l’heure du grand débat autour de l’enseignement des langues régionales, ce travail artistique, en plus de son emprise émotionnelle, est politiquement essentiel.
Bernard Cassat
Son cinquième cd De Mort Viva vient de sortir
https://sourdure.bandcamp.com/