Il y a longtemps qu’un week-end « gilets jaunes » n’avait suscité autant d’effervescence ; tractages, manifestations, occupation de ronds-points…. Un premier anniversaire ça se fête. Sauf que chez les « gilets jaunes » ces « réjouissances » ont un goût amer. Priscilla Ludosky, l’une des figures du mouvement, déclare sur le site Regards, « c’est compliqué de se dire qu’il n’y a pas de réponse politique en face et d’être un petit peu en perte d’énergie sur la mobilisation ».
Pourtant le surgissement des « gilets jaunes » a stoppé « le nouveau monde » dans sa vision de la gestion de l’Etat. Qu’il paraît loin le temps où la macronie professait que les parlementaires de la nouvelle génération se devaient d’être avant tout des législateurs et non des élus locaux. « On avait sous-estimé l’intensité de la colère, ça nous a forcés à écouter un peu plus les gens éloignés de nous. Il y a moins d’arrogance qui était chez nous une forme de protection », nous a déclaré un député LREM sous réserve d’anonymat.
Certes, une prise de conscience a eu lieu suivie du grand débat national qui devait remettre le quinquennat sur les rails. Les réformes allaient continuer grâce « au dialogue, à la participation citoyenne », à une meilleure considération des élus locaux. On allait entrer de plein pied dans l’acte II du quinquennat.
Retour aux vieilles recettes
Hélas ! Depuis quelques semaines de nouvelles tensions et d’autres qui perdurent surgissent ou ressurgissent dans la société et le mois à venir s’annonce très agité : « gilets jaunes » sur le pavé, imbroglio de la reforme des retraites, hôpitaux à bout de souffle, agitation estudiantine, instrumentations politiques diverses. Le tempo n’est plus aux mains du gouvernement qui ne fixe plus l’ordre du jour. Il est sommé d’agir, de réagir dans l’urgence.
Sur les retraites, pour éviter en vain la grève prévue pour le 5 décembre, le président de la République annonce un décalage important de la fin des régimes spéciaux. Jean-Paul Delevoye, son ministre chargé du dossier qu’il avait longuement élaboré en a été pris à revers. En ce qui concerne l’hôpital, le premier ministre Edouard Philippe, doit annoncer ce mercredi à venir de nouvelles mesures budgétaires alors que ce jeudi les sénateurs étudiaient le projet de loi de financement de la Sécurité sociale ? Au banc du gouvernement, la ministre de la Santé, Agnès Buzin faisait grise mine.
Toujours jeudi, les étudiants ayant manifesté à la suite du drame lyonnais transformé en cause politique, le secrétaire d’Etat à la jeunesse, Attal était prié de recevoir en urgence les organisation étudiantes. Emmanuel Macron qui avait annoncé l’aube d’une gouvernance nouvelle en est réduit, pour éviter un nouveau déchaînement social, à recourir aux expédients les plus traditionnels.
Les vieilles recettes sont de retour.
Françoise Cariès