En France, depuis 2010, avec 11,7 litres d’alcool pur par an et par habitant, la consommation d’alcool ne baisse plus. La France fait partie des pays les plus consommateurs d’alcool au monde. Il est vrai que les producteurs de boissons alcoolisées y investissent en budget de
publicité et de marketing plus de 500 millions d’euros annuels…
Par Jean-Paul Briand
Médecin retraité d’Orléans
Le « risque alcool »
Ce ralentissement de la baisse de consommation d’alcool en France est dû à l’affaiblissement continu, sous la pression du lobby alcoolier, de la loi Evin du 10 janvier 1991. Or l’alcool est un danger. En consommer fait prendre un risque mortifère. Le « risque alcool » est l’ensemble des conséquences individuelles, sociales et économiques liées à son ingestion. Chaque année 30 000 Français et 11 000 Françaises en meurent. L’alcool est la première cause évitable de mortalité des 15-30 ans, de retard mental de l’enfant et de démence précoce. Deuxième motif d’hospitalisation, l’alcool est également le deuxième agent, après le tabac, à l’origine de décès par cancer que l’on pourrait éviter.
L’addiction à l’alcool est un continuum évolutif
L’addiction à l’alcool avec son usage nocif, son abus et sa dépendance, est un continuum progressif démarrant avec des doses faibles, souvent dans un environnement agréable et festif. Même pour une consommation inférieure à deux verres d’alcool par jour, les effets nocifs l’emportent très largement sur les minimes et controversés effets protecteurs de l’alcool.
Un coût social évalué à 120 milliards d’euros par an
Rappelons succinctement ses méfaits dont le coût social est évalué à 120 milliards d’euros par an :
- Au delà des handicaps à vie, l’alcool est l’un des principaux facteurs d’accident mortels : 18% des conducteurs impliqués dans les accidents mortels de la route en France ont un taux d’alcool supérieur à 0,5 g/l. Lors des nuits de week-ends et les jours fériés, l’alcool est présent dans 63% des accidents mortels, soit près de 2 sur 3 ;
- les maltraitances d’enfants, les violences sexuelles, conjugales, dans les services d’urgence et le sport, les accidents professionnels, les désinsertions sociales sont très souvent, pour ne pas dire constamment, liées à l’alcool ;
- de nombreux viols et rapports non protégés se produisent sous alcoolisation ;
- beaucoup de décompensations de troubles psychiatriques ou de leurs aggravations sont directement induites par l’alcool.
Une initiative de la majorité incohérence

Alors qu’une vaste campagne de communication gouvernementale, afin de faire connaître les risques liés à une consommation excessive d’alcool, a été annoncée en mars 2019, une centaine de députés macronistes, dont plusieurs médecins, dépose une loi dont l’article 18 permet d’assouplir les conditions de vente d’alcool dans les stades, affaiblissant encore plus la loi Evin. Cette initiative incohérente de la majorité LREM est contre l’intérêt général et l’avis de la ministre de la santé, la docteur Agnès Buzyn, ainsi que celui de la ministre des sports, Roxana Maracineanu, ancienne championne du monde de natation.
Cette proposition de loi irresponsable semble démontrer que les décideurs publics sont influencés par les lobbies des producteurs d’alcool. Une majorité de Français le pense dans un sondage effectué en mai 2018. Ces mêmes Français, conscients du « risque alcool » sont favorables à plus de mesures de prévention contre la consommation de boissons alcoolisées.
L’alcool doit être banni des stades
Combien de drames supplémentaires faut-il encore attendre avant la mise en œuvre d’une authentique et efficace politique de réduction du « risque alcool » ?
Le « risque alcool » est un risque à réduire prioritairement afin d’en diminuer les dommages individuels et collectifs. Pour des raisons sanitaires, sécuritaires et économiques, l’alcool, sous quelque forme que ce soit (consommation, vente, publicité et parrainage), doit être impérativement banni des stades. Espérons que les ministres de la santé et des sports seront entendues, ce qui n’est pas gagné quand on se rappelle certains propos du Président Macron qui s’est dit opposé à tout durcissement de la loi Evin et vanté : « Moi, je bois du vin le midi et le soir. Je crois beaucoup à la formule de Georges Pompidou : N’emmerdez pas les Français »…