La “cohésion des territoires” sort son Agence expliquée au maire ruraux du Loiret

La soirée tient du Grand débat et de la réunion Tupperware. Yolaine de Courson est venue « vendre » l’Agence nationale de la cohésion des territoires en passe d’être votée à l’Assemblée.  Les parts de pizza et les verres de Badoit circulent de main en main. Pas d’assistante parlementaire pour passer les plats. Caroline Janvier, la députée, joue elle-même la maîtresse de maison.

Yolaine de Courson avec Caroline Janvier et son suppléant Eric Lepêcheur.

Dans le petit salon de sa permanence en arc de cercle, une dizaine de maires de petites communes du Loiret.  De Boulay-les Barres à Epieds-en Beauce jusqu’à Lion-en-Sullias au pied de la centrale de Dampierre, des maires affichent au compteur un premier mandat, un deuxième ou un quatrième. « Le retour de l’Etat sur les territoires », titre du dossier, il y a du non dit mais on sent bien que sans la crise sociale dite des « gilets jaunes », ce genre de réunion n’aurait jamais eu lieu.

Macron débouler en bras de chemise

On s’attendrait presque à voir Macron débouler en bras de chemise pour faire le show.  Lors de sa dernière venue à Orléans Jacqueline Gourault, la ministre en charge du dossier des territoires nous avait annoncé la création de cette agence. Chacun s’était dit « encore un comité Théodule » de plus, alors que le pouvoir macronien fait la chasse aux agences et autres gâteaux pour les copains qui coûtent un fric fou à la Nation.

Et pourtant la voilà qui débarque cette Agence, forte de trois cents personnels. Yolaine de Courson, députée du fin fond de la Côte d’Or est rapporteure de la loi portant création de l’ANCT et surtout maire d’un village de 80 habitants. Records de la soirée battue, Benoit Perdereau à Gidy veille sur 2 000 âmes, Martine Mahieu représentée par Bernadette Besnard compte 1 000 habitants à La Borde…

“Je suis pour une ruralité conquérante, pas geignarde, les atouts sont chez nous”, lance convaincue et souriante Yolaine de Courson devant ces maires aux trois quarts agriculteurs dans la vie. . Dans l’assistance le doyen, Gilles Lepeltier, c’est un peu le Yannick Vanik Berberian du Loiret, président de l’Association des maires ruraux de France) et il prévient, « nous sommes mordants, chez nous ça pique… ». Dans le Loiret, l’Association c’est 298 communes sur 326 (de moins de 3 500 habitants).

Des projets qui viennent des territoires

Alors cette agence à quoi ça sert, uniquement à faire comprendre qu’Emmanuel Macron acte 2 a besoin des maires et autres « corps intermédiaires » qu’il aurait méprisés durant deux ans…?

Alors Yolaine de Courson explique : « les projets doivent venir des territoires, pas d’en haut ». En fait l’Agence sera un guichet unique (le préfet) qui devra réunir autour de la table les acteurs nécessaires à l’accompagnement du projet, ADEME, Anru, Anah, Cerema…). Par exemple : comment améliorer l’attractivité d’un territoire en créant un véloroute, comment solutionner la mobilité dans les territoires enclavés, comment avoir accès à un service public, à un médecin…? Ce pourrait être aussi la création d’une école ou d’une salle des fêtes. L’Agence et son conseiller ne seront pas là pour financer mais pour guider, conseiller le maire et ces adjoints, leur dire à quelle porte frapper.

Un maire sur deux en France ne veut pas se représenter en 2020. En écoutant ces édiles du Loiret, on comprend pourquoi, comme cette maire qui attend depuis deux ans des financements (200 000€) pour la rénovation énergétique de l’école du village. « J’ai tapé à toutes les portes de la préfecture”.  “La rénovation d’un logement ce n’est pas prioritaire » ajoute un autre maire. Et Gilles Lepeltier ‘en rajouter, « avec des préfets qui changent tout le temps… on n’en n’a même plus en ce moment ».

Les enjeux d’une nouvelle décentralisation

Réunis à la permanence de Caroline Janvier, députée de a deuxième circonscription du Loireet.

Pugnace Yolaine de Courson, aidée par Caroline Janvier adhérente du Cercle Girondin, qui comme son nom l’indique « réfléchit sur les enjeux d’une nouvelle décentralisation », aidée par  Mohamed Amjahdi, directeeur régionnal de l’ADEME et par Eric Lepêcheur, à l’heure de l’acte II du quinquennat, explique que l’Agence n’est pas une nouvelle couche dans le mille-feuilles administratif déconcentré mais qu’il va fondre, tenez-vous bien, la CGTE (Commissariat général à  l’égalité du territoire, l’EPARECA (vie et commerce dans les cœurs de quartier) et l’agence du numérique. Et qu’elle passera des conventions avec l’ANRU (Rénovation urbaine), l’ANAH (amélioration de l’habitat), l’ADEME  et le CEREMA…Vous suivez?

Pourtant dans ce maquis administratifs les maires de ces petites communes qui ne sont pas soutenus par des armées d’administratifs compétents dans leur commune, se battent tous les jours pour faire passer leurs projets dans la légalité sous contrôle l’administration préfectorale. « On nous a vendu le contrat de ruralité et plus plus rien… », lance encore Gilles Lepeltier qui en profite pour dénoncer « les nouveaux découpages cantonaux qui ne correspondent à rien ».  

Yolaine de Courson confirme que l’Agence sera opérationnelle en septembre. Chaque maire pourra dès lors aller porter son projet au préfet et ils seront examinés par une commission départementale. C’est bien la moindre des choses. Les sherpas de l’Agence de cohésion des territoires, ce guichet unique, réussiront-ils à guider les maires dans les méandres de l’administration ? Sinon il sera toujours possible de créer une Agence de simplification de l’Etat.

Ch.B

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