Invité au château de Chamerolles dans le cadre du « Rendez-vous du livre et de la lecture » organisé par le Département du Loiret, le journaliste et célèbre animateur télé, Bernard Pivot, est venu présenter son dernier livre, Lire ! (Flammarion), écrit avec sa fille, Cécile. Rencontre entre un lecteur professionnel et une amatrice gourmande.

L’arrivée sonne comme celle d’une star sur un plateau de télé ! Sous les applaudissements des quelque 200 bibliothécaires, associations et professionnels du livre venus ce 23 mai, Bernard Pivot et sa fille, Cécile, remontent l’allée centrale de la halle de Chamerolles. Au micro pour les accueillir, le journaliste et animateur Stéphane de Laage, qui, durant une bonne heure, va tour à tour les interroger sur « leur habitude, leur envie, leur gourmandise de lecture ».
Le meilleur endroit pour lire ?
« Pas au lit ! On s’y endort ou on y fait l’amour. Ou le crayon se perd, le stylo tache les draps… Non, je lis assis pour pouvoir prendre des notes. Dans les transports aussi. Et toujours un livre à la fois », répond le célèbre journaliste et animateur « infatigable » d’Apostrophe, Bouillon de culture, Double Je, et Président de l’Académie Goncourt depuis 2014. Et d’ajouter en plaisantant : « Mais rien n’est fait pour faciliter la lecture aujourd’hui. Tenez, la chirurgie ambulatoire est un crime contre la lecture : avant on pouvait prendre Proust, maintenant on nous renvoie chez nous aussitôt ! »
Pourquoi faut-il lire ?
« Pour se construire. Moi, quand je lis, j’ai le sentiment de vivre à côté d’autres gens, de partager leur vie et cette rencontre m’aide à mieux aller vers les autres dans la vie, explique Cécile Pivot, gourmande lectrice amateur, auteur d’un premier roman Battements de Cœur (Ed.Calmann-Levy). Il faut lire ! Mais c’est difficile pour un jeune de se déconnecter. Il faut une sacrée volonté, une sacrée envie ». Une question qui ne s’est pas posée pour Cécile Pivot qui avait ça en elle depuis qu’elle a su qu’« une lettre + une lettre = un mot. Qu’un mot + un mot = une action. Et qu’une action + une action = une grande histoire ».
Quant à fréquenter les bibliothèques… « La bibliothèque, c’était moi !, lâche alors Bernard Pivot. Ça aurait été difficile de prendre en grippe la lecture. Des livres, il y en avait partout dans l’appartement ». Et toujours aujourd’hui à tel point qu’il donne 300 à 400 livres par an à la bibliothèque de son village dans le Beaujolais.

Premier livre lu ?
« j’avais 5 ans en 1940, 10 en 1945. Je n’avais que deux livres : un vieux Petit Larousse, lu en saute-mouton, et un choix de Fables de La Fontaine. Je suis toujours à la recherche d’un mot : il n’y a pas une journée où je ne consulte un dico pour connaître l’histoire d’un mot, une citation… J’y retrouve l’enfant que j’étais en me perdant dans les mots ». Quant à l’écriture, certainement pas sur ordinateur ! « C’est trop propre… Sur le papier, on biffe, on rature, on réécrit : le torchon fait partie de la vie ».
Un livre dans la bibliothèque ?
« Comme un roman, de Daniel Pennac », pour Cécile Pivot. « Les pamphlets de Paul-Louis Courier », finit pas donner son père pour qui extraire une référence est un vrai casse-tête. Mais aussi le Grevisse, ce précis de grammaire auquel il se réfère constamment. Mais au fond qu’importe que l’on ait un Larousse, un Duras, un Houellebecq, le dernier Goncourt, ou un comics, pourvu que l’on ait la tête dans un livre. « On comprend mieux le monde en lisant. Lire c’est entrer dans le monde par une autre porte, une porte insoupçonnable qui s’ouvre pendant 200-300 pages. Une évasion culturelle qui va nous marquer, nous changer ». À méditer…
Estelle Boutheloup