Spécialistes du Moyen-Orient, enlevés tous deux en Irak où ils étaient en reportage le 20 août 2004 et libérés au bout de 124 jours, les journalistes Christian Chesnot et Georges Malbrunot viennent de publier une enquête fouillée mais que l’on peut qualifier d’à charge sur l’argent que le Qatar investit en France et en Europe, via l’association Qatar Charity .
Doha et ses sous
Chesnot et Malbrunot savent enquêter. Ils sont indéniablement de bons journalistes professionnels. Ils ont labouré leur territoire avant d’en faire germer « Qatar Papers ». Mais ne se sont-ils pas mis en route avec un parti pris ? Il est vrai que l’époque s’emploie à diffuser à tous les niveaux une islamophobie rampante qu’on nous inoculerait par tous les canaux possibles, l’argent étant le véhicule le plus facile et le moins odorant. Aussi leur livre apporte-t-il un éclairage utile sur les financements d’une religion qui prend de plus en plus de place en France et dans tous les pays européens. Nous avons besoin de cette connaissance pour cohabiter, pour affirmer ce que nous sommes sans empiéter sur nos concitoyens pastiquant une autre religion, pour leur demander de ne pas déborder sur le territoire public qui doit du moins chez nous rester neutre.
Mais prenons garde de nous laisser emporter comme le font dans leur essai les deux grands reporters. Leur évaluation est loin d’être objective. Même si la participation du petit émirat au financement de l’islam de France existe, elle est loin d’avoir l’ampleur qu’ils lui accordent. Sur les 8148 projets que finance Qatar Charity dans le monde, seuls 140 concernent l’Europe et 22 la France. De plus,l’ONG, chiffre reconnu par les auteurs, n’a prévu d’engager en France que 25 millions d’euros répartis sur 10 ans. Or le culte musulman hexagonal se pratique dans plus de 2500 mosquées. Qatar Charity n’intervient donc que dans moins d’1% d’entre elles. Par ailleurs lorsqu’elle participe à un projet Qatar Charity ne le prend pas en charge en totalité. C’est le cas pour le centre interculturel de Décines-Charpieu près de Lyon auquel le livre s’intéresse longuement : Qatar Charity a apporté 60 000 euros dans un budget de 5 millions d’euros. Pour autant le fait est à considérer.
L’Etat français laisserait-il faire ?
Un lanceur d’alerte leur a, disent-ils, fait parvenir une clé USB contenant des milliers de documents sur Qatar Charity, son réseau de correspondants et de bénéficiaires en Europe avec leurs contacts et les montants des virements. Ils dévoilent le salaire payé à Tariq Ramadam figure emblématique des frères musulmans qui toucherait 35 000 euros par mois comme consultant de la fondation. Ils ne précisent pas si cette figure de l’islam politique continuait à toucher ses émoluments pendant qu’il était en prison. Les auteurs relatent la dissimulation, parfois le double langage des associations islamique sur leur financement venus de l’étranger. Ils soulignent que cela se passe en toute légalité à l’ombre d’une complaisance des autorités françaises, par ignorance ou clientélisme électoraliste.
Livre polémique, « Qatar Papers » atteint son but. Jugée excessive par certains comme l’humoriste Jérémy Ferrari pour qui Chesnot et Malbrunot « n’apportent pas de faits concrets », certainement propre à renforcer une défiance latente, la charge menée contre le propriétaire du Paris-Saint-Germain a le mérite de nous tenir en éveil et à appeler à la vigilance.
Françoise Cariès
« Qatar Papers »
Christian Chesnot, Georges Malbrunot
Michel Lafon, 18,95 euros