La conférence de ce jeudi soir donnée à la Médiathèque dans le cadre des Rendez-vous philosophiques d’Orléans-Tours consacrés cette année à “Penser l’animal”, abordait un sujet pour le moins “grand public” devant un salle pourtant particulièrement clairsemée…

Juliette Grange
La conférencière, Juliette Grange, professeure de philosophie à l’université de Tours, aborda le sujet en partant de la place particulière que le philosophe du XIXe siècle, père de la sociologie aujourd’hui un peu oublié, Auguste Comte (dont elle est une spécialiste reconnue), pour nous expliquer que ce dernier donnait au chien un statut de quasi-humain. Le prenant pour modèle d’une sociabilité et d’une affectivité désintéressée (?), il en fait le nouveau roi des animaux, modèle de l’altruisme, qualité fondamentale de cette nouvelle religion positiviste qui doit réconcilier la religion et la science pour le plus grand bonheur de l’humanité.
Sans doute Auguste Comte n’aimait-il pas les chats…
Le féminisme et la défense des animaux
Auguste Comte faisait également un lien entre féminité et sociabilité, et le mouvement féministe naissant dans une sorte de défense de tous les laisser pour compte fut aussi très actif dans la défense des animaux: nous apprîmes ainsi que Marguerite Durand, grande militante féministe fondatrice du premier journal “La Fronde” entièrement fait par des femmes, et dont nous avons déjà parlé ici, était la créatrice en 1899 du controversé cimetière pour chien d’Asnières, initiative qui créa alors la polémique, révélant ainsi le statut toujours ambiguë de nos animaux de compagnie.
On passera sur l’étrange jugement du Dr Freud qui compare son chien qu’il affectionne aux qualités d’un enfant (?) pour arriver à la tristement célèbre canophilie d’Hitler en particulier pour les bergers… allemands, Allemagne Nazie qui prit dès les années trente les mesures de protection des animaux les plus avancées d’Europe !
L’utopie d’une communauté de vie
Suivant le fil d’une réflexion sur ce statut étrange de l’animal de compagnie qui évolue dans nos sociétés avec une fonction affective de plus en plus marquée dans une “urbanilamisation” de la solitude vieillissante, Juliette Grange nous invita à découvrir les textes d’une philosophe américaine féministe et quelque peu provocatrice , Donna Haraway qui voit “dans l’inter-spécificité comme l’aboutissement du féminisme et de l’utopie d’une communauté de vie entre l’humanité et ses frères inférieurs, utopie déjà exprimée au XIXe siècle par Jules Michelet et Auguste Comte“. Ajoutons, ce que ne précisa pas la conférencière, c’est que Donna Haraway trouve acceptables des relations “et plus si affinité” avec son animal domestique si celles-ci sont librement consenties (?).
Et la philosophe conclut son intervention en recommandant la lecture d’un livre essentiel au débat contemporain sur notre rapport à l’animalité, l’ouvrage de Philippe Descola intitulé “Par delà Nature et Culture” qui nous rappelle que cette rupture épistémologique est très récente (env. du XVIIIe) dans une évolution de l’humanité qui pendant des millénaires a considéré, notamment par le biais du totémisme, l’animal comme faisant partie d’un continuum symbolique dont l’homme faisait partie.
Gérard Poitou
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Prochaines conférences du samedi 4 mai:
Discours fabuleux et savants sur les animaux et les humains de la Renaissance au XVIIe siècle:
-10 h Jérôme Bosch ou quand l’homme devient bête
par Laurence Lacroix professeure de philosophie
-11 h 15 L’unité du vivant: Montaigne et Gournay
par Isabelle Krier docteure en philosphie
-14 h 30 Des animaux sans âme, ou la fabuleuse histoire des animaux-machines selon Descartes
par Nicolas Millet professeur de philosophie
15 h 45 Le modèle animal dans l’étude des sexes et des genres à l’époque moderne. Cureau de la Chambre versus Descartes
par Marie-Frédérique Pellegrin Maîtresse de conférences
Auditorium du Musée des Beaux Arts d’Orléans
1 rue Fernand Rabier 45000 Orléans
Entrée libre
Le programme des rendez-vous philosophiques d’Orléans Tours