Il y a des petites performances, surcotées et survendues et que l’on oublie vite. Et il y a les grandes qui impriment leur marque, qui laissent une empreinte et une petite musique qui nous trotte dans la tête. Les Contes Immoraux, Maison Mère que la Scène Nationale nous a proposés dans le cadre de la 9ème édition des Soirées Performances s’inscrit assurément dans cette lignée.

©️Jean-Luc Beaujault
Seule en scène Phia Ménard manie les éléments -carton, papier collant, nuage et eau- pour construire son « village Marshall », une maison de carton symbole de l’Europe avec ses tentes pour migrants, ses logements provisoires, instables et fragiles tout autant que ses occupants. Mais cette maison, le Parthénon d’Athènes, est avant tout une « maison mère », celle d’Athéna déesse des arts et de la sagesse.
C’est aussi la maison de l’Europe qu’il faut sans cesse reconstruire et remettre sur le bon chemin, là où la démocratie est née sur cette colline inspirée. Sans un mot, le maçon Phia Ménard, qui est aussi guerrière et amazone tout droit sortie de Mad Max, construit, façonne, assemble, découpe à la tronçonneuse sa maison de carton. Un véritable exercice physique tant il faut soulever, manipuler et tenter de remettre à l’endroit l’édifice dans un véritable suspens où chacun s’interroge sur la solidité de la construction.
Toute l’histoire de l’Europe
Mais la performeuse nous rappelle que toute l’histoire de l’Europe est faite de constructions et de déconstructions fait de cet exercice une chorégraphie où elle se meut avec plasticité, où elle se love dans les recoins du carton pour mieux observer son œuvre branlante. Le suspens finalement prend fin quand le Parthénon après un subtil jeu d’équilibres dévoile enfin ses formes imparfaites. L’issue semble alors dégagée tout autant que le ciel athénien.
Mais c’est compter sans de gros nuages puis une pluie diluvienne qui viennent inonder la scène et détruire la maison dans un festival de lumières, de sons informes et de nuages enveloppants. Pourtant l’apocalypse avec le carton qui devient une masse informe et détrempée n’est pas la fin ni le renoncement.

©️Jean-Luc Beaujault
Tel Sisyphe Phia Ménard nous dit qu’il faut toujours tout recommencer et que, chez elle du moins, le désespoir n’a pas sa place !
J.-J.T.