Scènes de Grand débat en pleine Sologne

Au rond point de  l’entrée nord de la Ferté Saint-Aubin, un drapeau tricolore, des palettes en vrac et quatre gilets jaunes qui se signalent par des gestes désordonnés aux automobilistes. Les autres, une tablée de huit personnes environ, sont à l’Espace Madeleine Sologne. Samedi matin, 9 heures, malgré un horaire « compliqué », ils sont quelques dizaines à s’être répartis autour des huit tables, alignées devant la scène, face à la gare, au bout d’une rue tristoune de maisons en briques. 

Environ 70 participants à cette étape solognote du Grand débat.

Organisatrice de ce Grand débat solognot, Mme le maire, Constance de Pélichy, qui “espérait plus de monde”, explique le fonctionnement des tables rondes: les rapporteurs se déplacent de table en table, ils sont rapporteurs d’une thématique. Les participants ont dépassé souvent la soixantaine, aux trois quarts des hommes, tous visiblement citoyens à l’année, aucun gros résident secondaire ne s’y est risqué. Martial Foucault, du CEVIPOF (Sciences Po Paris) distribue son questionnaire d’enquête: en vrac, « chaque jour quelle distance devez-vous parcourir pour aller au travail », ou « comment vous en sortez-vous avec les revenus de votre ménage ? ». Et puis, à remplir après le débat : « pensez-vous que le Grand débat débouchera sur une amélioration de votre situation personnelle », ou « les propositions évoquées durant le débat de ce jour sont-elles conformes à vos attentes ?». Des centaines de communes ou de quartiers ou ont lieu des débats ont été tirées au sort par le CEVIPOF. « Hier soir j’étais aux Blossières à Orléans», raconte Martial Foucault, « aujourd’hui La Ferté, demain dans l’Yonne… ».

“On nous oblige au virtuel”

Des débats passionnés mais courtois.

Autour des tables les interventions, les débat sont courtois, sans agressivité, même si certains, souvent certaines, se lâchent sur leurs révoltes. « J’ai passé ma vie dans le relationnel, aujourd’hui ont nous oblige au virtuel », regrette une retraitée, excédée par l’impérialisme numérique, soutenue par ses voisins. « Appuyez sur le deux, sur le trois, même dans les services publics, vous êtes en 24 ème position sur la liste d’attente… je n’en peux plus j’ai envie d’aller me réfugier en Afrique en Amazonie ».

Transition écologique, fiscalité et dépenses publiques, organisations de l’Etat et des services publics, démocratie et citoyenneté…A toutes les tables ça foisonne, ça fuse,  ca ronchonne ca peste contre « l’organisation politique, le Parlement joue t-il son rôle de relais, il y a un moment où ça s’arrête ou ca ne remonte pas », estiment des cinquantenaires barbus, dont sans doute un gilet jaune. Debout devant la table voisine, Hugues Saury, sénateur du Loiret écoute, intervient, visiblement le barbu ne le connait ni d’Eve ni d’Adam. Les Français savent-ils qu’un élu tient des permanences, justement pour les écouter et faire « remonter » ?

Supprimer les niches fiscales

Autre table, cheveux long, calme, positif, un quadra actif se demande si « les amendes, les PV ne devraient pas être proportionnelles aux revenus ». Il veut aussi « supprimer les niches fiscales », et ses avocats spécialisés dans l’optimisation qui font que « les gens d’en haut s’en sortent toujours ».  Une éducatrice révoltée, cheveux courts, 65  ans, dénonce « les gabegies non contrôlées de ceux qui nous gouvernent, les fêtes à Chambord », raconte ces gamins qui « n’ont pas envie de bosser, avec le trafic de drogue, ils reviennent nous voir avec la Mercedes et les grosses montres. Pourquoi veux-tu que je travaille ? ». Le rapporteur, un élu ou un agent de la commune, tape sur l’ordi, recadre le débat, jamais directif, on sent la préparation minutieuse en amont.

Médecins: “l’Etat n’a pas le courage de leur rentrer dans le lard”

Autre table, le désert médical sur la sellette. Pull rouge, soixantaine, l’homme classe moyenne supérieure, n’a rien d’un gauchiste mais ne mâche pas ses mots : « le médecin, comme à l’armée, il devrait rendre cinq ans de ses études au minimum à l’Etat qui les lui a payées. Obligation de s’installer là où il y a des besoins. Enfin, ce sont des fonctionnaires payés par la sécu. Mais l’Etat n’a pas le courage de leur rentrer dans le lard ». Hugues Saury, le sénateur-pharmacien est sur la même longueur d’onde : « la médecine est un service public », et il constate, « il y a pourtant largement autant de médecin en France que dans les autres pays européens ». Cherchez l’erreur.

Reste le plus ardu. Restituer la substantifique moelle de ces échanges riches qui sont une photo, un instantané de ce que vivent ces Solognots, de ces regards qu’ils posent sur notre démocratie. Toute cette matière sera versée sur la plate-forme de Grand débat national. Les Fertésiens y retrouveront-ils leurs petits ?

Ch.B

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