Guillaume Apollinaire : le père de la poésie moderne

« Sous le pont Mirabeau coule la Seine et nos amours » c’est le vers le plus connu de Guillaume Apollinaire, un très grand poète emporté le 9 novembre 1918 par la grippe espagnole qui fit plus de morts dans le monde que la première guerre mondiale. Ce virus qui n’est pas née en Espagne mais semble-t-il en Chine  ravagea le monde en treize semaines, entre la mi-septembre et la mi-décembre 1918. Chez nos poètes, elle tua aussi le 2 décembre 1918 Edmond Rostand le père de Cyrano de Bergerac dont le cinéma raconte la création.

Mais revenons à Guillaume Apollinaire, mort à 38 ans et considéré comme l’un des inventeurs de la poésie moderne. Depuis novembre, les hommages à son œuvre se succèdent. De nombreux livres  ont été publiés, dans l’ensemble d’une grande qualité. Dans ce florilège nous avons choisi de retenir  en particulier le beau livre de Marion Augustin, « Dans les pas de Guillaume Apollinaire ». Pourquoi ? Parce qu’il a le mérite de nous plonger  dans la vie de ce funambule sans gommer ce que furent les ressorts et les rencontres qui générèrent de sa création.

Une histoire compliquée

La courte vie de  Guillaume Apollinaire tient du roman. Sa naissance l’y engage. Il voit le jour à Rome le 26 août 1880, fils naturel de Guillelmus Apollinaris et d’une mère qui veut garder l’anonymat. Cette mère est une rebelle .Angelica Kostrowitcka est née en Finlande russe,  d’une famille désargentée de la petite noblesse polonaise et d’une mère  d’origine italienne. Après avoir erré en Europe la famille s’est installée à Rome. Enfant, Guillaume s’appelle  Albertus Wladimiro de Kostowitcky dit « Wilhem ». Il a un frère  de deux ans plus jeune.Le trio s’installe à Monaco. Wilhem est  un élève brillant au lycée Saint Charles, passionné de littérature. Il écrit des poèmes et à 16 ans il veut être journaliste et prend le pseudonyme de Guillaume Apollinaire.

Un inventaire à la Prévert

Grâce à des photos,  des coupures de presse, des lettres,  des poèmes, des dessins, l’auteur nous  conduit dans les pas du poète, critique d’art de talent qui voit juste dans les avant-gardes, un bohème ami de Picasso et amoureux de l’amour. Après quelques passions de jeunesse, Guillaume tombe follement amoureux de la  de  peintre Marie Laurencin. « C’est moi en femme » écrit-il, débordant comme toujours de passion. Il lui adresse de nombreux poèmes. Les rendez-vous manqués, les malentendus conduisent à la rupture. Heureusement les amis sont là. Picasso bien sur mais Derain, Braque, le douanier Rousseau, Picabia, les Delaunay…. De Montmartre à Montparnasse il les fréquente tous.

En septembre 1911 il est suspecté de recel dans le vol au Louvre de la Joconde et échoue à la prison de la où il reste huit jours avant d’être blanchi  . « Que lentement passent les heures, comme passe un enterrement », écrit-il dans « Alcools », publié en 1913 dans un poème où il évoque son emprisonnement.

Œuvre à la tonalité mélancolique, « Alcools » est une mosaïque de textes qui témoignent de rencontres diverses et de la vie de l’auteur. Le livre de Marion Augustin a le grand mérite de resituer cet inventaire à la Prévert, de l’ accompagner, de l’expliquer.

Lou de Châtillon-Coligny

Apollinaire ne savait pas, ne pouvait pas vivre sans passion. Il y eut d’abord l’Anglaise Anna Maria Playden, puis Marie Laurencin avant Lou puis sa femme Madeleine.

Lou

Lou, Louise de Châtillon-Coligny* dont le nom évoque la Puisaye et l’histoire de la région Centre-Val de Loire  n’est jamais venue dans le château de ses lointains ancêtres. Elle appartenait à une branche collatérale. C’était une mondaine, une divorcée ce qui n’était pas courant à l’époque, une femme libre qui ne voulait  pas s’attacher. Le colosse, car Apollinaire possède une stature imposante, la rencontre à  Nice en septembre 1914. Le poète lui fait sa cour en vers. Elle est séduite, il part à la guerre et lui écrit tous les jours, « Je pense à toi, mon Lou ton cœur est ma caserne ». Il lui adresse certains de ses plus beaux poèmes et 220 lettres mais dès avril 1915 Lou s’éloigne et  Apollinaire entreprend  une relation épistolaire avec Madeleine Pagès, un professeur de lettres qu’il a rencontrée dans le train entre Nice et Marseille .

Apollinaire qui n’a pas été encore naturalisée, (il ne le sera qu’en 1916)  est à la fois terrifié et émerveillé par le spectacle qu’elle lui offre, Cela transparaît dans « Calligrammes, poèmes de la paix et de la guerre (1913-1916). Il est blessé à la tempe le 17 mars 1916, opéré et transféré au Val de Grâce à Paris.

Le beau livre de Marion Augustin a le grand mérite de nous faire découvrir l’époque et la vie de l’inventeur du mot « cubisme ». Il se lit comme un roman et se parcourt comme un livre d’images. Il est à la fois léger et très riche. Il raconte et il montre. Il parle de Guillaume Apollinaire mais surtout il le cite. Quelle belle introduction à aller plus loin dans une œuvre singulière et charnelle : « dans la plaine les baladins s’éloignent au long des jardins….. »

Françoise Cariès

Dans les pas de Guillaume Apollinaire

Marion Augustin

Gründ 230 pages, catégorie beaux livres 29,95 euros

*A lire aussi les “Lettres à Guillaume Apollinaire” de Lou ed. Gallimard NRF 120p. 2018

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