Loges Production, qui défend avec passion une certaine idée de la chanson française en produisant les spectacles d’une dizaine d’artistes-interprètes, proposait ce vendredi soir à la salle Montisson de Saint Jean le Blanc, une nouvelle création dans la série concert-cabaret intitulée “Jean Yanne, Bach to twist”.

Fred Ferrand / Aimée Leballeur /Valérian Renault
Bien loin du “revival” pour maison de retraite, le spectacle proposé par le trio Aimée Leballeur-Fred Ferrand-Valérian Renault est une véritable plongée en chansons dans l’univers d’un pléthorique provocateur qui développa pendant quarante ans un redoutable cynisme dialectique, désarticulant par la dérision tous les poncifs d’une société dont l’archaïsme se fissurait de partout. Bien sûr, beaucoup de personnages du petit monde de Jean Yanne ont disparu, de l’ouvrier P3 au curé Albert qui fait l’amour en soutane (encore que…) en passant par le militaire, mais cet esprit iconoclaste nous explose (de rire) à la figure et tout un chacun retrouve dans notre monde contemporain bien des remplaçants tout désignés.
“Tout le monde défend la planète, mais y’a pas grand monde pour descendre les poubelles !” Jean Yanne

Parce que si tout dans l’immense œuvre de Jean Yanne ne mérite pas de passer à la postérité (encore que l’inclassable film “Les Chinois à Paris” puisse retrouver un jour une certaine actualité…), le choix de chansons et de textes proposé par le spectacle “Bach to twist” préserve intact l’esprit d’un agitateur provocateur dont la verve et le goût de cette provocation grinçante continue de nous faire rire.
Il faut dire que le talent des trois interprètes est à la hauteur d’un défi chansonnier qui enchaîne dans un rythme endiablé (normal pour Jean Yanne) les morceaux choisis, du plus loufoque “La plus belle femme du monde” au plus touchant “la gamberge des vingt berges”, sans oublier l’inoxydable cynisme de “Tout le monde il est beau” qui fait l’ouverture du spectacle: un récital à ne pas manquer pour les amoureux du rire et du verbe !
Car finalement, cet esprit de dérision, qui est souvent le début de la raison, ne manque-t-il pas cruellement à notre monde soumis à un politiquement correct qui mériterait bien une petite cure de provocation pour se remettre à réfléchir ?…
Gérard Poitou
Jean Yanne, Bach to Twist