En lien absolu avec la célébration de l’armistice de 1918, mettant en œuvre un hymne à la paix qui force l’admiration et émeut, le concert “Musique pour Craonne”donné ce samedi au Théâtre d’Orléans par l’Orchestre symphonique de la cité placé sous la direction de Marius Stieghorst évoque fureur et frémissement, invite au recueillement et au dépouillement de l’émotion pure.

Musique pour Craonne cl Marie Line Bonneau
En écho au devoir de mémoire
Prenante est l’ouverture de ce programme avec les mots de Daniel Hubé, géologue et historien bouleversé, tenant à deux mains un bouquet de fleur tricolore qu’il dépose sur une brassée de feuilles de chêne au pied du pupitre de Marius Stieghorst. Lentement s’élèvent ses paroles qui en appellent à ce que résonne en chacun, en écho à la sonnerie des clairons de l’armistice, “le devoir de mémoire”, mémoire de ce temps où “l’ouïe s’est substituée à la vie” dans un effroyable chaos de “vrombissements, stridulations, éructations”.
“Place à présent à ce langage qui ne connaît ni les barbelés ni les frontières , place à la musique” dit enfin Daniel Hubé avant que l’orchestre ne se lance dans une vibrante et profonde plainte sortie de ses entrailles, une improvisation sur un sonogramme du 11 novembre 1918 autour de 11 heures, étourdissant projet sur une idée de Suzanne Schomburgk et de Thierry Leu.

Musique pour Craonne cl Marie Line Bonneau
Un engagement de tous les instants
Lors de ce concert donné devant neuf-cent spectateurs ne ménageant pas leurs applaudissements d’une rare et longue intensité, les élèves des classes de piano du conservatoire entrecoupent avec présence et talent le concert de l’orchestre proprement dit en interprétant des pièces d’Hindemith, Ravel et de Jacques Ibert alors que sont projetés en fond de scène des portraits de soldats, de femmes et de paysans, d’enfants, issus de fonds d’archives nationaux et internationaux ainsi que d’archives privées.
Voulant à tout “cri” rendre hommage aux combattant et rappeler que “le prix de la la paix ne sera jamais aussi ruineux que celui de la guerre”, Marius Stieghorst, au piano, et Jean-Renaud Lhotte , au violoncelle interprètent le troisième mouvement de la “Sonate” pour violoncelle et piano d’Alberic Magnard alors qu’est cette fois projeté un film, survol des ruines de la grande guerre et d’une nature désossée par un dirigeable évoluant fin 1918.
Une flamme orchestrale magnifique
Lors de ce concert, on aime encore la grâce avec laquelle l’orchestre interprète le caressant “The Banks of Greeen Willow” de George Butterworth. Place également au “Chant Funèbre” d’Albéric Magnard où l’on ne peut qu’admirer la limpidité du jeu des plans et arrière plans musicaux servis par chaque pupitre faisant montre , tout comme dans la “Berceuse héroïque” de Debussy, d’une profondeur d’âme remarquable.

Musique pour Craonne cl Marie Line Bonneau
Conçu comme un diptyque, ce concert, qui fait résolument œuvre, permet aussi d’entendre en seconde partie la “Symphonie en ré mineur “, de César Franck. Ici, le chef à l’éloquence admirable s’appuyant sur une gestuelle d’une tension minimaliste fait que l’orchestre se “drosse” à merveille aux récifs d’un expressionnisme puissant et nuancé. Nul ne peut oublier, à l’issue de cette soirée, le thème récurrent de cette symphonie ressemblant à une chanson venue du fond du cœur et de l’effroi mais qui succombant cependant à l’espoir de la joie. C’est magique et magnifique. Encore une fois émouvant.
L’un des plus beaux concerts de l’Orchestre Symphonique d’Orléans.
Jean-Dominique Burtin
Photos: Marie Line Bonneau
“Musique pour Craonne”
par l’Orchestre symphonique d’Orléans , dimanche 11 novembre, 16 heures, Théâtre d’Orléans.
Tarifs: 28/25/23/13€.
“Le Loiret dans la grande guerre”, exposition des archives départementales , accueille les mélomanes à l’entrée de la salle Touchard.
Bonjour et merci pour cet article qui restitue bien un concert exceptionnel.
Savez-vous si un enregistrement audio et/ou video en a été fait et si oui quel sera son mode de diffusion? Merci d’avance pour cette information qui peut intéresser les présente et les absents.
Magnifique !