Nicolas Mathieu qui l’a emporté ne faisait guère figure de favori pour le Goncourt. Les qualités de son roman n’étaient pas en cause, loin de là mais sa maison d’édition, Acte Sud avait publié le précédent livre « L’ordre du jour » d’Eric Vuillard avait été récompensé par le jury de ce prix. Aussi quelle ne fut pas la stupéfaction de la foule massée devant le restaurant Drouant à Paris lors de la proclamation par Bernard Pivot président du jury réuni au premier étage depuis le début de la matinée.
Une chronique en quatre étés
Né à Epinal (Vosges, en 1978), Nicolas Mathieu décrit dans son roman le monde de son adolescence dans les années 1990. Entre 1992 et 1998, son lecteur suit des personnages qui poussent dans une vallée perdue de Lorraine où les hauts-fourneaux se sont tus. Comment se faire une vie quand on a 14 ans, qu’on habite Heillange, une ville fictive qui ressemble à tant de villes saignées par la mondialisation et pour seul horizon la sensation de vide.Les jeunes trompent l’ennui en éclusant des bières et en matant les filles. Ils écoutent Nirvana. Ils boudent et se bagarrent. Ils s’habituent à la fumette. Ils rêvent de « foutre le camp ».
Cette splendide chronique court sur quatre étés. Il donne à lire des variations autour de l’impossibilité à prendre son envol. Il raconte le temps de la formation sans trop donner dans le misérabilisme et la nostalgie. Nicolas Mathieu excelle à à décrire les peaux qui se rapprochent et les ambitions qui s’éloignent. « J’ai
voulu raconter le monde d’où je viens. C’est une tentative littéraire et politique. Dès qu’on parle des gens, de la façon dont ils vivent, dont ils s’aiment c’est un acte politique. Il y a un peu de moi forcément. Mon effort a été de restituer le temps présent, de comprendre comment marchent nos vies. Ça passe par des détails, un ancrage maximum dans le réel. Le réel c’est mon souci », a dit Nicolas Mathieu à l’annonce de son prix « Leurs enfants après eux » est le deuxième livre de Nicolas Mathieu, après le roman « Aux animaux la guerre » (Actes Sud, 2014, adapté en série pour France 3).
Etaient également en lice « Frère d’âme » de David Diop (Le Seuil), Maîtres et esclaves de Paul Greveillac (Gallimard) et « L’hiver du mécontentement » de Thomas Reverdy (Flammarion)
Le Renaudot à Valérie Manteau
Annoncé dans la foulée le prix Renaudot a été décerné à Valérie Manteau pour « Le Sillon » qui évoque la figure du journaliste et écrivain Hrant Dink, militant de la cause arménienne assassiné par un nationaliste turc. Elle ne figurait pas dans la liste des finalistes.
Les jurés du Renaudot ont en outre attribué un prix spécial à Philippe Lançon pour « Le lambeau » qui a déjà remporté le prix Fémina
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