Une nouvelle très belle soirée* ce vendredi à la Scène Nationale où trois propositions de créations associant musique et poésie étaient programmées par Gérard Bedu pour ces RAMI 2018.

Mathieu Sten cl Marie LIne Bonneau
Ce fut d’abord le solo de Mathieu Sten, poète-guitariste fragile et rare, qui dans un folk épuré et superbement recomposé nous entraine dans ses ballades vocales faites de mots simples dont la mélodie éclate en un cri apaisant. Sa gestuelle instrumentale d’une souffrance épurée, nous invite dans les chemins de traverse d’une musique poétique qui “ne jette pas d’ombre sur les autres” tant son originalité intense nous envahit…
Et puis deuxième création de cette soirée de ferveur poétique, l’interprétation par Hugo Zermati du récueil “Un homme sans manteau”, poésie libre de Jean Pierre Siméon accompagnée par Adrien Chennebault (batterie) et François Rascal (oud), et pas de doute, quand Hugo Zermati s’empare d’un texte jusqu’à en froisser les pages, on entre avec lui dans un monde poétique à l’expressivité décuplée. Et quelle idée géniale de croiser la force de la diction à l’exotisme du oud et au scintillement de la batterie !

Hugo Zermati cl Marie Line Bonneau
Juste un extrait du poème pour revivre cette présence du texte et tant pis pour les absents de ce moment d’exception où la poésie se fait chair dans le verbe d’une scène:
“Avançons
Nous n’avons rien perdu
de ce qui nous fait grandir
ni l’énigme du cœur
ni la bonté des arbres
ni le vin de la colère
ni la chance
d’être ensemble
avançons encore
le feu mange l’ombre
mais pas l’oiseau
qui la précède”

Hélène Labarrière Betrand Belin cl Marie Line Bonneau
Et pour clore cette soirée, c’est l’improbable Bertrand Belin (qui sera à l’Olympia le 11 avril prochain…) qui vint nous enchanter d’un voyage très incertain en Amérique, une facétie poétique pleine d’humour dans un jeu où les mots se répètent et se télescopent pour mieux exploser en plein vol alors que la contrebasse contredit le séduisant récitant de son ironie grinçante. Fantasmes ou réalité, mais l’Amérique existe-t-elle vraiment ?
Gérard Poitou
*Seule ombre à cette soirée: l’absence d’un lieu de convivialité ouvert aux festivaliers entre les spectacles. Bruyant et exigu, le Restaurant du Théâtre se révèle incapable de servir la restauration simple et rapide que l’on peut attendre durant un festival qui doit aussi rester un lieu de rencontre et d’échange. Mais où sont passées les soupes de Mister G ?