« Il était une fois, un caillou, dans l’océan Pacifique, à côté de l’Australie, un caillou tout long, en forme de cigare. Les habitants y vivaient en paix. Ils habitaient des grandes cases rondes et au toit pointu. Ils cultivaient des ignames, de grandes tubercules qui ressemblent aux patates douces et pêchaient des poissons dans le lagon bleu turquoise. Ils vivaient dans des tribus organisées en clans et chaque clan avait une fonction bien déterminée…

Musée Tjibaou
Tout était bien agencé et ainsi, depuis des siècles, ils vivaient en harmonie avec la nature. Dans leur langue, ces habitants se nommaient « kanak ».
En Europe, au 18ème siècle, les pays comme la France et l’Angleterre, partirent découvrir de nouveau territoire, à l’autre bout de la Terre, aux antipodes. C’est un anglais, le capitaine Cook, qui aperçut en 1774 le fameux caillou. Comme il remarquait que les collines vertes et les montagnes ressemblaient à sa région natale l’Ecosse qui s’appelait la Calédonie, il nomma cette terre la Nouvelle Calédonie. Il n’en prit pas possession et continua sa route…
L’éternel printemps
Plus tard, sous le règne de Napoléon III, les français entreprirent une expédition. Le contre-amiral Febvrier-Despointes prit possession de la Nouvelle Calédonie en 1853.
Jusqu’en 1946, les pays d’Europe colonisaient les territoires en Afrique, en Amérique, en Asie, aux Indes et dans le Pacifique. Les colons blancs avaient tous les droits et les peuples de ces pays étaient considérés comme des sujets voire des esclaves. Il en a été de même pour les kanak de Nouvelle Calédonie. Comme le climat de la Nouvelle Calédonie était agréable ( on l’appelait « l’éternel printemps ») les colons français s’y installèrent et ils devinrent de plus en plus nombreux lorsqu’on découvrit un minerai : le nickel ! Le fameux caillou était en nickel, la deuxième réserve au monde. Le peuple kanak, relégué au fond de ses montagnes, privé de ses bonnes terres confisquées par les colons, commença à décliner : les colons étaient devenus les habitants les plus nombreux de la Nouvelle Calédonie.
Les kanak qui étaient un peuple courageux, se rebellèrent contre l’administration des blancs à plusieurs reprises, en 1878, en 1917, mais ils furent écrasés par le nombre et par les armes modernes des colons.
Leur caillou s’appellera KANAKY
À la fin de la guerre de 1945,la colonie se transforma en territoire et 1958, les kanak devinrent des citoyens français. Mais comme leurs droits à la liberté tardaient à venir, de 1984 à 1988 des révoltes et des manifestations se développent dans tout le territoire. Les kanak demandèrent alors à devenir indépendants. Leur caillou s’appellera KANAKY.
Des événements très graves eurent lieu entre les « indépendantistes » et les « loyalistes » qui voulaient rester français. Il y eu des morts des deux côtés. La France envoya alors des renforts de gendarmerie et des soldats. En voulant délivrer des gendarmes pris en otages à Ouvea (dans une petite île) les forces de l’ordre abattirent 19 kanak en 1988.
Devant cette tuerie, le chef des « indépendantistes » Jean Marie Tjibaou et le chef des « loyalistes » Jacques Lafleur signèrent la paix à Paris : ce furent les accords de Matignon. Ces accords prévoyaient la paix et un référendum ( un vote avec une seule question : « voulez-vous que la Nouvelle Calédonie devienne indépendante ? » et une seule réponse : « oui » ou « non »)
Dix ans après, en 1998, les choses s’étaient apaisées, chacun avait reconnu ses faiblesses et ses excès. Les deux populations commençaient à vivre ensemble en harmonie et surtout, les kanak ne se sentaient pas encore prêts pour accéder à l’indépendance. La France proposa alors aux deux parties un deuxième accord qui prévoyait dans le temps, l’évolution de la Nouvelle Calédonie vers plus d’autonomie et un destin commun pour accéder enfin (si les populations le souhaitaient) à l’indépendance en 2018.
Un drapeau, une devise et un hymne
Dans cet accord de Nouméa (du nom de la capitale de la Nouvelle Calédonie) il est prévu que le nouveau pays se donne un drapeau, une devise et un hymne. Depuis 2010, c’est presque fait : en attendant le drapeau commun choisi par les deux parties, le drapeau français et le drapeau kanak flotteront ensemble sur les édifices publics. La devise retenue : «Terre de parole, Terre de partage.»
Michel Degorce-Dumas, président-fondateur du festival « Rochefort-Pacifique »
Conférence-débat jeudi 25 octobre à 18h,Centre international universitaire, rue Dupanloup (1er étage) à Orléans.
avec:
Jean François Merle, ancien conseiller de Michel Rocard. Il a suivi pas à pas depuis Matignon, les étapes de la réconciliation, de l’affrontement à la poignée de main.
Jean Pierre Sueur, sénateur socialiste, vice-président de la commission des lois. A ce titre, suite à une mission d’enquête en Nouvelle Calédonie, il a co-rédigé un rapport sur la préparation du referendum.
Emmanuel Kasarherou, conservateur en chef du patrimoine au musée du quai Branly. Il a dirigé de 1991 à 2011 le Centre Culturel Jean Marie Tjibaou à Nouméa. C’est un grand spécialiste de l’art Kanak.