Diriger, organiser, contrôler, transformer la société , faire prévaloir ses idées : tous ceux qui au cours des siècles ont exercé le pouvoir n’ont rien fait d’autres. Certains l’avaient reçu en héritage, d’autres ont du le conquérir et les démocraties ne l’accordent que pour un temps. D’où des campagnes dures, impitoyables,, de véritables scénarios où tous les coups tordus où pas sont permis. En 2017, la campagne présidentielle française fut de ce point de vue un chef d’œuvre. La réalité a dépassé la fiction. Qui croyait se faire élire dans un fauteuil ou presque s’est assis par terre, qui croyait revenir au premier plan fut réduit à jouer les utilités, qui croyait partir à l’assaut en fut empêché et celui qu’on n’attendait pas, sorti du bois au dernier moment, remporta la mise.
En fin observateur avec un zeste d’humour, Bruno Dive, éditorialiste à Sud-Ouest, a mis en lumière cette comédie humaine dans « Crimes et renoncements », un titre qui s’imposait tant l’an passé notre classe politique s’y retrouva toute entière. Les électeurs qui furent les spectateurs de cette cascade d’avatars les ont sans doute un peu oubliés, une actualité se superposant à une autre. Il était donc bon de les rappeler en les mettant en scène.
Ouvrir le livre de Bruno Dive c’est se préparer à découvrir une pièce de théâtre. D’une plume alerte, qui ne se perd jamais en digressions inutiles, l’auteur dessine ses personnages, révèle ce que furent leurs actions avec leurs hésitations, leurs mensonges, leurs faux-semblants et leur détermination : des êtres pris dans les rets de leur ambition. Trahisons, bons mots, phrases assassines, silences pleins d’arrière-pensées, les duos qui par moment deviennent des trios, Hollande-Macron, Hollande Valls, Valls-Macron, Sakozy-Juppé-Fillon, Juppé- Edouard Philippe jouent leur partie, la perdent et pour l’un la gagne. Moments intenses, tragi-comédie, » la politique dans ce qu’elle a d’éternel. L’histoire dans sa dimension humaine, pour le meilleur ou pour le pire ».
Savoureux et profond.
F.C.