“Deux ou trois choses que je sais de vous”: quand Facebook s’invite au théâtre

Samedi 19 mai, une pièce un peu particulière s’est jouée au théâtre d’Orléans , dans le cadre du festival Soli . Marion Siefert, comédienne, performeuse et metteuse en scène, était seule face au public pendant une heure, dans la pièce Deux ou trois choses que je sais de vous. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle en savait beaucoup…

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Elle n’a pas de nom et l’on ne sait rien d’elle, si ce n’est qu’elle vient de très loin, une autre galaxie probablement. Aujourd’hui sur Terre, elle tente de comprendre les humains, comment ils fonctionnent, leurs différents codes sociaux. C’est alors qu’on lui conseille d’essayer Facebook afin de se faire des « amis ».

C’est un spectacle web 2.0 qui s’est déroulé sous nos yeux samedi. Perdue dans cette toile, où chaque fil permet de se tisser des relations, la jeune comédienne s’est livrée à une démonstration assez incroyable des « pouvoirs » de Facebook. Car avant de monter sur scène, elle s’est renseignée sur le public via ce réseau social, et désormais, elle sait tous de nous. Elle sait qui est là ce soir, assis dans le noir. Ce qu’il aime, ce qu’il écoute, ce qui le fait rire. Ce qui l’indigne, qui il connaît, où il était pour son anniversaire. Sur l’écran géant derrière elle, les images, les photos et les informations défilent.

Nos vies sur les réseaux sociaux

Marion Siefert réécrit et recompose avant chaque représentation son spectacle ; chaque représentation est unique. Des gens dans le public reconnaissent leur profil et leurs photos. Il y a des rires et de l’incrédulité aussi. Vraiment, laisse-t-on passer toutes ces informations sur Facebook, sans faire attention ?

Avec les photos, les phrases et les citations de chacun, la comédienne créée une pièce pleine de poésie, où elle tente de nous comprendre, nous, êtres humains, avec tout ce qui nous lie et ce qui nous sépare. Elle analyse notre société, son actualité. Finalement, petit à petit, c’est notre humanité qui se dessine à travers les profils, où l’individuel se transforme en collectif.

Après le scandale Cambridge Analytica, où l’on a appris que les données des utilisateurs de Facebook étaient siphonnées et utilisées illégalement, la performeuse décide de faire passer un message, non pas en nous alertant et en paniquant, mais plutôt avec délicatesse et recul. Une façon qui permet à chacun de réfléchir, sans être bousculé, mais en posant des vraies questions.

Après une chanson kitsch, qui soudain nous apparaît belle (Lettre à France, chantée à cappella par la comédienne), on sort de ce spectacle comme d’une bulle. Et on se dit que c’est dommage qu’il n’y ait qu’une représentation sur Orléans, parce que c’est une pièce que l’on conseillerait volontiers à tous ses amis, réels ou virtuels.

Valentine Martin

http://www.cdn-orleans.com/

Commentaires

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  1. Effectivement, dommage qu’il n’y ait qu’une seule (et unique, semble-t-il) représentation et qu’on ne l’apprenne qu’après coup.
    C’est (trop) souvent le cas mais comment l’éviter?

  2. On peut toujours se consoler en lisant un pertinent et joli papier.

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