Il y a 50 ans, en avril 1998, Maurice Papon, secrétaire général de la police de Gironde entre 1942 et 1944, était condamné à dix ans de réclusion criminelle. Pour avoir contribué à la déportation de milliers de juifs. Entre temps Papon, revenu aux affaires grâce à l’amnésie de la justice et de la haute administration française, aura été député maire de Saint-Amand-Montrond (Cher) de 1968 à 1981.

Mercredi à Bordeaux se tient un colloque sur l’affaire Papon. Un Orléanais, Pierre Allorant, doyen de la fac de Droit, lui-même issu d’une famille de la préfectorale, y interviendra. Aux côtés de Boris Cyrulnik, Robert badinder, Edith Gorren, Jean-Marie Matisson et Gérard Boulanger.
Après le premier papier du Canard…
Avocat, ancien président du SAF (Syndicat des Avocats de France), Gérard Boulanger fut l’un des grands artisans de ce procès, un de ceux qui luttèrent pied à pied pour que Papon, l’un des complices des nazis dans la haute administration française, comparaisse un jour devant la justice. En décembre 1993, Boulanger, par ailleurs auteur d’un ouvrage qui fait référence sur Jean Zay, avait déjà écrit, “Maurice Papon, un technocrate français dans la collaboration”, un des éléments déclencheurs du procès, après le premier papier du Canard Enchaîné du 6 mai 1981. Gérard Boulanger vient de sortir un deuxième ouvrage sur le sujet, “les secrets du procès Papon”. Durant vingt ans de 1981 à 2004, Boulanger se battit pour que Papon soit jugé. …
“L’affaire Papon est l’histoire des obstacles qui furent mis sur notre chemin en dépit de nos efforts. Ils sont multiples: la justice institutionnelle jouait la montre, la classe politique regardait avec suspicion, l’opinion publique était attentiste”, écrit le Bordelais Gérard Boulanger. Il faut dire que l’avocat engagé s’attaquait à forte partie, qu’on en juge: Maurice Papon fut l’ancien trésorier du RPR à sa création par Jacques Chirac en 1975 et ministre du Budget de Raymond Barre en 1978. En 1981 en cas de réélection de Giscard auquel il s’était rallié, il était même donné “premier ministrable”. “De la dynamite” commente Boulanger.
Le parcours juridique du combattant
Dans cet ouvrage, il décrit brut de décoffrage son parcours du combattant pour que Bordeaux et la France assument leur devoir de mémoire. L’objet de ce livre est de faire revivre les faits, les personnages et il n’hésite pas à citer nommément ceux qui ont participé de près ou de loin à la déportation. Ainsi page 26, il évoque une loi de 1931 qui interdit de faire état d’une plainte avec constitution de partie civile. “Le risque était d’être visé par une plainte en réplique et d’être condamné avant même d’avoir fait quoi que ce soit en tant qu’avocat. Ce qui risquait de tuer la bataille avant qu’elle ne fut lancée. C’est arrivé à mon confrère Stéphane Lilti au début des années 2 000 quand il a voulu poursuivre Michel Junot qui fut maire adjoint de Chirac à Paris, ancien sous-préfet du Loiret de 1942 à 1944, chargé de la “sécurité extérieure” des camps d’internement juifs de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande et Jargeau. Les archives du Loiret ayant été mystérieusement expurgées de 73 pièces par quelqu’un de plus malin que Papon, Lilti perdit personnellement un procès un diffamation”.

Catherine Zay et Gérard Boulanger.
En complément nous pouvons ajouter que Junot qui traîna en diffamation une palanquée de journalistes avait aussi fait enlever son nom d’un panneau de la sous-préfecture de Pithiviers, énumérant les sous-préfet avec les dates. En dépit des preuves accumulées, Junot, aujourd’hui décédé, gagna tous ses procès malgré les preuves de sa complicité à la solution finale. Mittterrand eut sa francisque et son amitié avec Bousquet mais Chirac avant de se refaire une virginité avec la “responsabilité de l’Etat français” dans la déportation, réhabilita deux beaux collaborateurs, Papon et Junot dont il fit même son médiateur à la mairie de Paris!
Chaban habillé pour l’hiver

Gérard Boulanger
Au fil des pages et du récit parfois trop roboratif de tant d’embrouillamini juridiques, Boulanger flingue quelques icônes. C’est tout à son honneur. Il nous plait de citer ses phrases sur Chaban-Delmas qui longtemps bénéficia de l’aura d’un “résistant exemplaire”. Or, non seulement Chaban-Delmas aura bien plus tard, laissé sa belle ville de Bordeaux se détériorer jusqu’à ce que Juppé arrive. Mais raconte Boulanger: “…il y avait une analogie entre Chaban et Papon…Chaban travaille jusqu’en 1943 au cabinet de Jean Bichelonne, ministre vichyste de la Production industrielle, partisans zélé de la collaboration industrielle avec l’Allemagne nazi et coorganisateur du service du travail obligatoire en Allemagne…Jusqu’en août 1943, Delmas qui n’est pas encore Chaban, n’est pas un résistant. Il joue au tennis et au rugby à Paris…Il sera un apparatchik de la France libre gaullisge chargé de mettre au pas la résistance intérieure. Loin de tout romantisme de la mitraillette et du maquis”. Chaban qui ne fut délégué de la France libre en zone sud que parce que Bourges-Maunoury se cassa la jambe. Voilà l’homme à l’imperméable habillé pour l’hiver…
Boulanger ne mâche pas ses mots non plus à l’encontre de Serge Klarsfeld, qui lui non plus n’a goûté que très modérément que des “goys” se mêlent de parler de la Shoah.
“Les secrets du procès Papon”, un témoignage à lire de toute urgence par ceux qui estiment que le passé immédiat ne passe toujours pas.
Ch.B
– Les secrets du procès Papon par Gérard Boulanger. Collection document au Cherche Midi. 400 pages. 22€.
L’affaire Jean Zay, la République assassinée par Gérard Boulanger “, chez Calmann-Lévy, 526 pages, 27 €