Nous sommes à quelques jours de l’ouverture du Festival Cannes voulu par Jean Zay et dont la première édition aurait dû se tenir en septembre 1939 si la Seconde guerre mondiale n’avait éclaté. Gilles Jacob qui a commencé à travailler pour le Festival en 1976 avant d’en devenir le directeur puis le président en propose dans la collection éponyme un dictionnaire amoureux. Personne n’était mieux placé que lui pour réussir cette performance.
Son livre dense et dru comme il se doit lorsqu’on entreprend de retracer l’histoire d’un événement de cette importance, fourmille d’histoires, d’informations, d’anecdotes. Il ne se contente pas de faire défiler les stars, celles d’aujourd’hui et celles d’avant qu’on appelait alors vedettes, il dévoile les coulisses de cette usine à rêves qui, telle le phénix, renait chaque année de ses cendres en mai. Serait-il possible d’évoquer Cannes sans mettre en scène, Brigitte bardot, les deux Isabelle Adjani et Huppert, Jeanne Moreau la sublime, Godard et Cocteau ?. A propose de ce dernier, Gilles Jacob écrit : « Le Festival lui doit beaucoup. Au Festival, il adopte. François Truffaut, Jean-Pierre Léaud, Edouard Dermit et avant eux Raymond Radiguet arpentent à son bras la voie lactée. Il entraine tout le monde-jury et dieux grecs- chez la bégum. » On s’y croirait.
Jacob raconte La Montée des Marches depuis 1987 quand on les rehaussa d’un tapis rouge Il y a ceux qui savent les monter et ceux qui ne savent pas. Selon Gilles Jacob , les gens d’Hollywood sont les meilleurs dans cet exercice. Grimpent ainsi Clint Eastwood, Cary Grant, George Clooney avec une mention spéciale pour Elisabeth Taylor qui fit attendre son apparition spectaculaire et parfaite pendant une heure.
Saviez-vous que l’on confisque les téléphones portables aux jurés dès qu’ils entrent conclave. Cependant les infos filtrent car, c’est bien connu et comment y résister, la transgression procure une infinie jouissance. Et puis il y a les conversations secrètes entre journalistes et metteurs en scène, loin des conférences de presse.
Une existence en plusieurs cycles
En plus de soixante ans d’existence le Festival a connu plusieurs grandes périodes..« Dans ses débuts (1946) plus mondains que cinématographiques, la sélection des films aurait pu passer pour un alibi à des rencontres culturelles entre gens de bonne compagnie », constate l’auteur. Mais il y eut des révolutions, l’après-Nouvelle vague (1959), l’après Mai 68. « Cannes devient alors la capitale du cinéma d’auteur en même temps qu’un « marché du film » en cours d’évolution inexorable Ce sont les années 1970-80. A partir de 1983 avec le nouveau palais « le marché se pousse du col ». Depuis 2010 ; « tenté par mille propositions, le public du cinéma d’auteur est devenu volatil voire déserteur » regrette Gilles Jacob. Raison de plus conclut-il, « pour que le Festival renforce son rôle de vigie.»
Amateurs de cinéma et pas que, ce dictionnaire volumineux comme tous les dictionnaires est à lire, à feuilleter chaque fois que l’envie en vient. Il contient de merveilleux portraits d’hommes et de femmes , acteurs, metteurs en scène producteurs,, journalistes, un univers issus de beaucoup de pays qui nous est de près ou de loin familier et nourricier et pour lequel l’auteur éprouve une grande tendresse qu’il donne à partager.
F.C.
Dictionnaire amoureux de Festival de cannes
Gilles Jacob
Editions Plon 810 pages 25,50 euros