L’artiste anglais a proposé un concert aussi sombre que vivifiant aux spectateurs de l’Astrolabe le 7 mars dernier à Orléans.

Ghostpoet à l’Astrolabe, Orléans, 7 mars 2018
C’est un défi de mettre Obaro Ejimiwe, alias Ghostpoet, dans une case. Une recherche rapide nous dit que l’artiste britannique fait dans le trip-hop. Pour ceux qui ne le savent pas, le trip-hop se caractérise peu ou prou par un mélange expérimental de hip-hop et de musique électronique. Si la définition est suffisamment floue pour qu’on y fourre une tripotée d’artistes, on ne peut pas dire que la prestation de Ghostpoet du 7 mars dernier à l’Astrolabe d’Orléans constituait un étalon du genre.
De l’électro, il n’en reste en effet que les fioritures, des contours anxiogènes qui enrobent chaque morceau d’une atmosphère fantomatique. Du hip-hop, il n’en garde que le phrasé énergétique, pour une plainte élégiaque parfois plus proche du blues que du rap. L’expérimentation, en tout cas, est bel et bien présente, tant les sonorités se mélangent dans un métissage inclassable.
À moins d’être musicologue ou disquaire, il est finalement vain de s’interroger sur le genre musical de Ghostpoet, tant l’intention du Londonien est limpide?: faire bader son public. Sur scène, Ghostpoet nous raconte les déambulations urbaines de paumés mélancoliques, prisonniers des grattes-ciel en verre et des tours en béton. Une ambiance froide, mortifère dans un monde en cul-de-sac.
Mais si cette description vous donne envie de vous flinguer, c’est qu’elle dépeint mal le talent de Ghostpoet. Car s’il dresse un portrait sombre de l’aliénation moderne, il ne tombe jamais dans le métro-boulot-pathos. Sans concession, mais jamais déprimant, tant il injecte dans ses chansons un lyrisme lumineux. Le lyrisme d’une voix, basse et de velours, qui sait panser les maux. La lumière de sa présence, vigoureuse et digne, qui nous laisse avec la tête haute. Bref, c’est triste parce que c’est beau, ou c’est beau parce que c’est triste, mais ce qui est certain, c’est que c’est pas mal du tout.
NPVS