Que savons-nous de la Corée du nord ? Ce que les media occidentaux veulent bien nous en dire. La Corée, qu’elle soit du nord ou du sud est bien éloignée de nous. Voilà que les jeux olympiques attirent l’attention du monde et donc la nôtre sur ces deux pays qui ont frontière commune, sont de facto ennemis et font ami-ami au moins le temps de la plus importante manifestation sportive mondiale.
Juliette Morillot, coréanologue, spécialiste de cette péninsule qui s’avance dans le Pacifique, directrice de séminaire sur les relations intercoréennes à l’Ecole de guerre de Paris et Dorian Malovic, spécialiste de la Chine et chef du service Asie au quotidien La Croix publient un livre dans lequel le reportage occupe une place très importante. Au fil du texte divisé en quatre parties se dévoile la réalité nord-coréenne actuelle.
Une enquête minutieuse
Sans sensationnalisme, l’enquête minutieuse, aussi complète que possible, lève le voile qui enveloppe d’obscurité la Corée du Nord. Elle explore « les facettes les plus méconnues de ce peuple qui n’a jamais aussi bien vécu depuis la famine des année 1990. D’un Pyongyang précapitaliste où tout le monde paye en dollars ou en euros aux provinces de la côte est où le peuple ne meurt plus de faim », les auteurs nous présentent une Corée du nord en pleine mutation.
Ce pays est une puissance nucléaire, ce que la communauté internationale, « prisonnière d’un traité de non-prolifération gravé dans le marbre » s’interdit de reconnaître. Donald Trump, le nouveau président des Etats-Unis insulte son dirigeant de toutes les manières à sa disposition ce que Kim Jong-un lui rend bien en le traitant de tous les noms d’oiseaux. Tandis que l’engrenage verbal occupe l’espace médiatique, « la peur d’une guerre imminente, conventionnelle ou nucléaire, sur la péninsule coréenne ne cesse de croître. La question n’est plus de savoir si une guerre va éclater mais de savoir quand », s’interrogent les auteurs.
L’ouvrage s’emploie à nous montrer ce qu’est « le monde selon Kim Jong-un » et son univers intérieur. « Il ne sert à rien de jouer au plus malin avec les Nord-Coréens. Ils demandent avant tout du respect et de la reconnaissance. Ceux qui s’y intéressent avec curiosité et honnêteté ont le privilège de pénétrer dans le mental de ce pays si mal connu ». Nous sommes prévenus, le voyage réserve bien des surprises.
Un nouveau visage
D’une salle de restaurant de Pyongyang, où une nouvelle classe « embryonnaire mais puissante » d’hommes et de femmes d’affaires consomme de la » junk food », en bon Français , la nourriture bas de gamme dans le plus pur style occidental où l’on règle sa note en devises étrangères (dollars, euros), à la visite d’une usine où les ouvriers forcément méritants reçoivent des primes en nature( huile, farine, viande, poisson, etc, en passant par un « jardin d’enfants » où la propagande anti-américaine s’exerce déjà , la réalité nord-coréenne se révèle peu à peu. Les auteurs le répètent plusieurs fois, les autorités montrent ce qu’elles veulent. En arrivant au pouvoir Kim Jong-un a fait le serment d’améliorer la vie de son peuple. Aussi a-t-il lancé des réformes économiques, financières, industrielles et agricoles qui portent leurs fruits même si en raison de l’importance des montagnes qui occupent 80% du territoire l’autonomie alimentaire ne peut être totale.
La haine des Américains
L’Amérique est l’ennemi héréditaire. Au début des années 1950 pendant la guerre de Corée les Américains ont brûlé et détruit tout ce qu’ils rencontraient. « De juin à fin octobre 1950, les B-29 américains déversèrent 3,2millions de litres de napalm, auxquels il était impossible d’échapper. Des centaines de villages furent rayés de la carte », écrivent les auteurs. « Nous avons bombardé et détruit tout ce qui bougeait en Corée du nord mais aussi chaque brique empilée sur une autre brique », reconnaissait en 1961, Dean Rusk devenu secrétaire d’Etat dans l’administration Kennedy. Les racines de la haine nord-coréenne contre Washington se trouvent là. Elles sont la colonne vertébrale du régime qui ne peut accepter « la moindre dissidence ». Aussi nourrit-il son peuple d’une propagande guerrière de la naissance à la mort. « La guerre froide n’est peut-être qu’un lointain souvenir dans nos mémoires d’Occidentaux mais elle demeure une dangereuse réalité dans les esprits nord-coréens » nous obligent à constater les auteurs. Une mentalité fortement assiégée conditionne toutes les politiques de Pyongyang.
Une cyber-guerre à l’œuvre
Malgré ces handicaps ou à cause d’eux, comment la Corée du nord a-t-elle réussi à atteindre le d niveau technologique qu’on lui connait et comment a-t-elle réussi à le financer ? En faisant preuve d’une intelligence créative, en contournant fort habilement la traque du Trésor américain, en amassant des dizaines de millions de dollars grâce à des opérations clandestines sur des dizaines d’années, en infiltrant des réseaux numériques. La cyber-armée secrète de Pyongyang est forte de plus de 10 000 hackers capables d’infiltrer et de contaminer des centaines de milliers d’ordinateurs dans le monde.
« L’impénétrable Corée du Nord sait jouer de ses atouts considérés comme des faiblesses par les Etats-Unis » concluent les auteurs avant de faire remarquer, « en lançant un processus de détente totalement inattendu avec la Corée du sud en ce début 2018 Kim Jung-un illustre son habileté diplomatique et sa capacité à prendre Washington à contre-pied »
F.C
« Le monde selon Kim Jong-un », Juliette Morillot, Dorian Malovic
Robert Laffont 18,50 euros