Tout se passe il y a plus de dix ans au Cats, cave de concert de Philippe Decain , ancien célèbre Caveau des Trois Maries orléanais de Pierre Richard voué au jazz et devenu aujourd’hui le Ver Di Vin de Sabine et Laurent Brochard. Georgia Hadjab est sur scène et Serge Fourneret, guitariste qui désire fonder un duo est dans la salle. Immédiatement ce dernier se sent“ébloui et retourné”. En vérité, compte tenu de sa performance de ce soir là, Georgia , chanteuse d’origine franco-algérienne qui se passionne depuis toujours pour les musiques soul, africaines, latines et hip hop aura deux propositions, à savoir une invitation à un programme soul et une proposition duo guitare voix, cette fameuse seconde voie que par bonheur elle choisira.
– Chanter ensemble et avant tout s’apprivoiser
Le premier essai du duo c’est sur “Ms Celies’Blues” épatante et tendre mélodie de “The Color Purple”, le film de Spielberg dont Tata Vega offre une souriante interprétation, qu’il se joue. L’échange est convaincant et naît immédiatement l’impérieuse envie , pour les deux artistes, de continuer ensemble et de “s’apprivoiser”.
Georgia a alors vingt ans , Serge en a trente-sept. Tous deux éprouvent une même passion pour la musique anglo-saxonne. Hendrix est une influence partagée et comme Led Zep figure dans leur mémoire commune, guitariste et chanteuse ne peuvent que se trouver en harmonie. Ainsi, c’est en 2007 qu’ils donnent leur premier concert place du Martroi, à Orléans, à l’occasion d’une Fête de la musique.
Georgia et Serge, du duo “ A Kind of Colour”: “La formule duo demande une grande complicité, le soin de prendre du temps pour se connaître musicalement, pour réagir en temps réel et s’écouter car notre but est avant tout de vivre un échange créatif”.
Pour leur premier disque “Purple, A kind of colour”, Georgia et Serge se lancent de manière personnelle et conjuguent arrangements et plages d’improvisation dans des reprises de standards. Avec un répertoire haut en contrastes et une forte identité musicale, des couleurs à la Britney Spears façon jazz, Oasis, Beatles, Stevie Wonder, les deux complices font mouche et séduisent.
– D’aventures de talent en succès légitime
Dès le premier opus , les concerts se multiplient et les deux musiciens se taillent un légitime et grandissant succès qui les conduit à être, en 2015, signés par le label “L’autre distribution”. Le duo prend alors et aussi le nom de Zinnya, autre facette de son expression, nom d’une fleur multicolore d’Amérique du Sud. Dès lors, naît “Spontanéite”, superbe album gorgé de doux soleil et de mélodies savoureusement chaloupées qui récompense le désir et l’audace d’avoir tenté la composition et le texte en Français.
Serge: “Georgia écrivait depuis longtemps.”
Geogia: “Je travaillais en fait pour la voix, comme pour un journal intime, mais en ce qui concernait la guitare et le piano c’était vraiment du bidouillage.”
Pour l’histoire de ce second album, le premier titre que Georgia et Serge commettent de concert, challenge qu’ils avaient envisagé de relever dès 2009, ce sera “Soleil sucré”.
Georgia et Serge: ” Lui a des idées harmoniques, et moi j’ai des idées rythmiques. Lorsque nous ne sommes pas d’accord, c’est que ce n’est pas la bonne idée. Cet album est à nous deux. A dire vrai, nous n’avons jamais voulu de classification. Spontanéité est ainsi voulu à la fois jazz, chanson et reggae. Nous nous y sommes lancés avec l’esprit ouvert et sans contrainte de style. Ici, pas de batterie mais des percussions corporelles. Nous y proposons quinze titres dont Un train pour Malaga, écrit par Serge, et la reprise de La mauvaise réputation, de Brassens. Le fait d’avoir passé beaucoup de temps sur cette album qui nous ressemble, nous a appris beaucoup de choses qui vont encore rester en sommeil. Elles nous nourriront sans nul doute pour d’autres projets”.
Serge, encore : “Moi j’adore la bossa, une mélodie simple, une émotion née d’une note. Mais chanter c’est tellement énorme ! Pour moi, mon instrument est une protection et je n’ai jamais envisagé de ma vie de prendre la parole.”
Georgia: “Pourtant, il siffle très juste, il imite même très bien le coucou et la tourterelle… Quant à moi, l’instrument c’est le corps.”
– Un set en trio avec Benoit Lavollée
A Orléans, beaucoup se souviennent d’un très beau concert donné à l’incontournable Club 15 à l’occasion de la sortie de “Spontanéité”. On ne pouvait qu’y succomber à la mélopée d’un grain de voix filé au sable le plus fin, à une clameur de cœur épurée dansante et souriante, à du sucré salé délicieux, à des touchers de cordes à l’habileté pleine de sensibilité et d’écoute .

Benoit Lavollée
Bref, voici, ce soir là, avec une chanteuse et son accompagnateur, une belle roue d’aurores ensoleillées d’étoiles que bon nombre ont emporté dans leur bagage de rêveurs comblés. Aujourd’hui, pour un nouveau concert à Orléans, Georgia et Serge se produisent en duo Kind of colour avec le vibraphoniste orléanais Benoit Lavollée, lauréat de Jazz à la Défense, l’un des grands noms de la scène jazz actuelle, l’initiateur du Trio Lavollée Dubreuil Larmignat dont l’association orléanaise Ô Jazz de Jean-Louis Derenne a publié, avec la perspicacité qui se doit, le premieir album. Bref, voici, par les heureux chemins de traverse du jazz d’Orléans, un rendez-vous des plus délicieux, subtils, gracieux et enchanteurs qui puissent être.
Jean-Dominique Burtin.