“Le poème c’est le cri”. “C’est l’offrande sans retour” écrit d’emblée la poétesse orléanaise Marie Cabreval dans son nouveau recueil de poésie. “Anémie d’une route”, livre de soixante-seize pages, annoncé par une toile de Béatrice Grebot, ouvrage qui nous emporte par le terrain vague des violences sourdes de notre monde. Ici, “un vent mordant dévore l’enfant sans chaussure”, là, “les mots sont si petits dans le fatras des flots, les mots sont si fragiles dans le fatras du monde”.

Aujourd’hui, celle qui lisse fémininement “le pli d’un frisson” avec une lumineuse assurance, celle qui évoque “le temps des mots qui sifflent comme des météores” , conjugue le fulgurant et saisissant image , offre “des mots qui craquent comme des biscottes” et nous assène à la mémoire l’effroi devant ces silhouette de nomades au corps enturbannés de barbelés. “Dans un camp d’immondices, la dignité s’endort dans la honte” écrit l’auteur.
Au monde, Marie Cabreval enrage avec une fraîcheur sans âge, évoque la douleur, les sourires et la soif comme les caresses d’espoir de lumière. De fait, ses mots sont peut-être de petits cailloux qu’elle laisse dans la neige de la page pour retrouver son chemin et rejoindre ce pays de partage où rien ne s’oublie et n’est tu. A n’en pas douter, le très beau “J’ai perdu ma douleur”, à la page soixante-et-un, d’une troublante authenticité, mériterait d’être mis en musique et de devenir un souffle chanté.
Ecrire par dessus tout de la vie “aux couleurs de l’instant”.
Poétesse, Marie Cabreval a également écrit de forts jolis textes en miroir sensible des œuvres du graveur orléanais Jean-Pierre Blanchet aujourd’hui disparu. Quelques lignes de Marie Cabreval figurant dans cet ouvrage publié par Daniel Plot, en attestent: “Chez Jean-Pierre Blanchet, jamais la solennité du trait ne se laisse déborder par le lyrisme. Tout semble offert dans une pudeur d’intention, mais l’émotion est merveilleusement là, avec rigueur et tendresse. J’ai donc écrit comme on se rencontre, avec des mots en écho aux poèmes d’images. Ce travail a duré une saison. J’ai quitté avec regret les gravures quand l’écriture a été terminée, mais chacune d’elle reste profondément à l’intérieur de mes terres comme un cadeau.”
Marie Cabreval, “insomniaque” avouée pour qui “les mots absents sous la lumière surgissent dans le noir”, se définit aussi comme une “cueilleuse”: “Elle écrit sur des bouts de papier. Partout. C’est la glaneuse. Elle n’a aucune méthode, aucune régularité. Elle engrange aussi des petits carnets qui se dérobent et s’enlisent sous les tas. Elle écrit des images, des lumières, des pensées, des projets, des listes, des absurdités aux couleurs de l’instant. Et puis elle rêve du jour qui ne vient jamais où elle rangera et où ça sera comme une histoire à elle. Elle amasse sans rien relire. Souvent aussi elle jette. Et puis elle recommence…”
Elle se dit aussi “musicienne” et continue d’écrire:“Ça peut durer des heures. Elle cherche sa musique. Un mot d’abord, puis deux. Elle s’enflamme, elle s’oublie. Tout peu brûler. Elle va jusqu’au bout du poème. C’est l’instant où il naît qui est beau. Après il n’existe plus. Il meurt aussi vite qu’un papillon de nuit. Le vol est joli. C’est ça qu’elle aime. Éphémère petite musique qui entraîne les mots dans des endroits secrets”.
Auteur de nouvelles, Marie Cabreval vient aussi d’offrir dans le numéro 21 de revue d’art orléanaise “Cacograph“, deux jolis textes, d’une limpide concision et d’une touchante spontanéité enfantine sur le thème du “grandir”. Comme quoi, avec cette auteure, que l’on ne peut qu’aimer suivre page à page, un bonheur n’arrive jamais seul.
Jean-Dominique Burtin.