Ces troisièmes Rencontres Artistiques des Musiques Improvisées à la Scène Nationale d’Orléans ont offert, ce dimanche soir aux spectateurs en guise de final, une performance hors du commun de l’acteur fétiche de Léos Carax, Denis Lavant dans son interprétation de la Ballade de la Geôle de Reading d’Oscar Wilde.

Denis Lavant photo Marie-Line Bonneau
De Hugo à Genet
Tantôt conteur, tantôt danseur, saltimbanque, musicien ou simplement comédien, Denis Lavant incarne ce texte et utilise toutes les ressources de son physique et de son art pour nous faire entrer dans l’univers carcéral décrit si puissamment par Oscar Wilde, condamné à deux ans de prison pour son homosexualité en 1895 dans l’Angleterre victorienne.
La Ballade raconte le vécu d’un co-détenu du condamné à mort pour meurtre Charles Thomas Wooldridge, exécuté 29 mars 1896 à la prison de Reading par pendaison, et si elle rappelle Le dernier jour d’un condamné de Hugo, c’est la vision de l’intérieur de la prison que décrit Oscar Wilde dans une sensibilité et une révolte qui évoque forcément les textes les plus forts du délinquant-écrivain Jean Genet, dont Denis Lavant semble parfois être le fantôme…
“Pourtant chacun tue ce qu’il aime”
Cette phrase extraite du poème, Denis Lavant en fait une plainte répétitive donnant une dimension humaniste et contemporaine à sa libre interprétation scénique du texte, accompagnée par deux musiciens (Laurent Paris et Camille Secheppet, rencontrés sur le tournage de “21 nuits avec Pattie”) à l’inventivité sans limite comme ces petits archets grinçants sur le tambour, cette clarinette sans bec ou ce génial concert de métronomes. La mise en scène de l’ensemble donne ainsi au spectacle, en associant fragilité de l’improvisation et maîtrise du propos, une dimension émotionnelle que seule sans doute la poésie peut créer.

Denis Lavant photo Marie-Line Bonneau
Et bonne nouvelle, Denis Lavant, toujours passionné de poésies nous indique dans l’interview ci après, que ce texte d’Oscar Wilde fait partie d’un triptyque consacré à la poésie anglaise pour lequel il a déjà mis en scène “La Complainte du Vieux Marin” du poète Samuel Taylor Coleridge et prépare “La Chasse au Snark” de Lewis Carroll, alors peut-être l’année prochaine à Orléans ?…
L’exceptionnel final de ces cinq jours de RAMI confirme en tout cas, la place originale de ce festival pas comme les autres, fait de rencontres fructueuses entre artistes et public, public qui retrouve autour de cette aventure improvisée, le plaisir d’échanger sur des spectacles qui ne le laissent jamais indifférent.
GP
Rencontre avec Denis Lavant dans les coulisses à l’issue du spectacle
Et pour revivre ces cinq jours de rencontres, l’album photos de Marie Line: