Véritable bombe à fragmentation, l’affaire Harvey Weinstein n’en finit pas de libérer des flots de paroles trop longtemps contenues. Elle a fait déborder la coupe des agressions sexuelles. La digue du silence, de la culpabilité et de la peur s’est rompue. Des milliers de victimes ont fait état des harcèlements sexuels qu’elles avaient subi ou subissaient encore. Ce que, en son temps, n’avait pas réussi le cas Strauss- Kahn, un magnat d’Hollywood l’a fait. On peut s’étonner d’un tel retard et surtout regretter toutes ces bouches cousues qui se contentaient de savoir.

Une manifestation en 2013 contre les violences faites aux femmes (archives Magcentre).
L’heure est venue de dire et de ne plus accepter des comportements qui remontent à la nuit des temps. De tout l’occident, de nombreux pays dans le monde, des milliers de récits de harcèlement, d’agressions, de pressions subies par des femmes de la part d’hommes en position dominante quel que soit le poste, quel que soit le milieu, quel que soit le lieu ont inondé les ondes et la toile. Ces comportements et la permissivité qui les accompagne a jusqu’ici fait partie des mœurs et je n’appartiens pas à la catégorie des super- optimistes qui pensent que ce mode de fonctionnement sociétal va disparaître d’un seul coup. Il faut sans tarder, sans attendre que l’effet de l’émotion créée par l’énormité de la révélation se soit dissipé pour commencer à éduquer, à expliquer, à répéter que tout être, qu’il soit, femme ou homme, a droit au respect de son corps et de son âme.
Les réseaux sociaux ont beaucoup aidé à vaincre l’omerta. Dans notre douce France, le hashtag # balance ton porc # a déclenché un torrent de révélations libératrices. Il a agi comme une caisse de résonnance et démultiplié l’impact de la révolte. Mais, attention, tous les hommes ne sont pas des porcs et inviter les femmes à « balancer » comporte bien des risques et peut entraîner des dérapages susceptibles de faire autant de mal qu’une fausse rumeur.
Les femmes et surtout celles qui ont eu à subir ces actes inqualifiables méritent mieux que d’être des balances. La culpabilité d’un harceleur, d’un agresseur sexuel ne se décrète pas sur les réseaux sociaux. Elle relève de la justice et donc du courage à porter plainte même s’il est difficile d’apporter des preuves et à ne pas se contenter de savoir. Il n’y a pas de honte à être victime et à témoigner. Des lois qui sanctionnent de tels comportements existent, elles méritent d’être améliorées et après la chute tonitruante d’Harvey Weinstein, les tribunaux auront à cœur de les appliquer.
Françoise Cariès