Au lendemain d’un bref discours de fête nationale de notre président de la République, reprenant sans grande inspiration, le triptyque républicain pour conclure sur la Fraternité qui signifie, à ses yeux: “que personne ne sera laissée sur le bord du chemin”, les 87.000 bacheliers qui furent avisés par l’internet du rejet de leur demande d’entrée dans l’enseignement supérieur ont du s’interroger sur le sens des mots présidentiels. Sans doute furent-ils bien peu nombreux, les lycéens-étudiants qui entendirent ces belles paroles, de quoi les dégoutter un peu plus de la langue de bois politique. Car comment une société peut-elle envoyer un message aussi déprimant à ses jeunes en les qualifiant de “rien*” avant même leur entrée dans la vie active. Après avoir prôné la qualification comme remède au chômage depuis des années, ce sont aujourd’hui treize pour cent (en gros le taux de chômage) qui reçoivent la mention de surnuméraire dans notre société.
Certes, ce n’est pas le taux de perte de la Grande Guerre (27 % des jeunes de 18 à 27 ans) que l’on commémorait aussi curieusement à l’occasion de ce 14 juillet, symbole de la liberté conquise lors de la Révolution, étrange confusion historique servie pour l’occasion pour justifier l’accueil d’un président américain qui, parait-il, aime les défilés militaires. Certes le défilé militaire du 14 juillet fut institué en 1880 par des généraux en mal de revanche et qui finirent par avoir gain de cause, mais la question subtilement esquivée dans les discours et commentaires de cette fête nationale revisitée restera: qu’est-ce donc sont venus combattre les américains en 1917 à nos cotés ? Certainement pas les ennemis de la liberté qui arriveront au pouvoir comme conséquence directe de cette première folie meurtrière qui s’empara de nos nations civilisées et instruites et qui, sous le terme de patriotisme, extermina sa jeunesse de part et d’autre du front…
Mais revenons à nos lycéens qui ont bien sûr, à défaut d’université, l’opportunité de rentrer dans l’armée… ce rejet des jeunes bacheliers serait dû à l’algorithme qui gère maintenant les entrées dans l’enseignement supérieur: pure merveille de la technologie irresponsable, l’algorithme ! Pourtant, s’il est un domaine où l’aléatoire n’existe pas c’est bien celui de la démographie, le nombre d’étudiants à accueillir à l’université est connu depuis… dix huit ans !
Comment peut-on avoir ignoré cette inéluctable arrivée de bacheliers alors même que le nouveau gouvernement annonce une coupe de 331 millions d’euros dans le budget de l’enseignement supérieur pour 2017*, et alors même que la FAGE (Fédération des Associations Générales Etudiantes), au delà de la réforme du système de tirage au sort mis en place pour l’orientation des bacheliers, réclame la mise en chantier de quatre nouvelles universités pour accueillir le surplus d’étudiants recalés.
Il est loin le temps où en l’espace de l’été 1968, Edgar Faure construisait deux nouvelles universités à Paris pour calmer la révolte étudiante, mais peut-être sera-ce la première leçon de la vie que devront tirer les futurs étudiants: ceux que l’on n’a pas vus lors des manifs contre la réforme du code du travail, sont aujourd’hui renvoyés à leur statut de “rien”.
GP
*”Il y a ceux qui réussissent et ceux qui ne sont rien” Emmanuel Macron
** Et que dire de l’université d’Orléans avec ses 12 millions d’euros de “trou” !