« L’écriture parlait, alertait tous ses sens et l’ engageait dans une plongée au cœur même des pensées .» “Qui parle”, premier roman de Frédéric Chatoux à lire entre les vies , est un livre solaire, un livre d’été , un livre des terres de Provence et de Paris, un roman à parfum de Giono . Un livre où scintille le souci du détail fluidement ciselé. Voici une somme où s’offrent la description heureuse et charnue des paysages, une partition de lettres et de silences où l’auteur chante avec pudeur le sentiment, tout comme l’heureuse et étourdissante étreinte amoureuse.

Séance de dédicace après le concert de l’Orchestre Symphonique d’Orléans
De lignes en lignes bruissantes, de lignes narratives réalistes en atmosphères férues de fantastique, l’auteur conjugue à la première et belle personne, l’histoire étrange et parfois douloureuse de l’aventure d’une vie, celle de Sol, être qui découvre à l’âge de huit ans qu’il a un don en lisant la carte d’anniversaire de son père. Peu à peu, il comprendra qu’il peut voir davantage que les autres, que ce soit dans l’écriture, dans les gestes, dans les yeux…
Quête initiatique et heureuse
Quête initiatique heureuse conjuguant poésie et réalité, ce livre fort de cinq cent pages est un jeu de pistes et de fausses pistes, un livre aux atours d’enquête sensorielle et de thriller féerique conjuguant énergie, rêve et raison.
Conteur humaniste, cet auteur, par ailleurs musicien de premier plan, notamment flûte solo de l’Orchestre de l’Opéra de Paris, est l’œuvre d’un puissant orfèvre dont les pages du récit sont des miroirs sans tain ou de vrais pans glacés reflétant les sensibilités de chacun. Au fil du récit, toutes sont à tourner avec une passion prenante.
Romancier de scènes, fabuliste tramant son récit d’un tendre conte animalier, Frédéric Chatoux, dans ce premier opus, chante cette vie où l’on “se cogne au drame”. Cependant, on s’y enchante, notamment, avec de limpides légèretés partagées, jolies ritournelles cinématographiques. A savourer, ainsi, le charme de cette scène où un personnage « semble siffloter sa vie à la manière d’un peintre en bâtiment sur son échafaudage ».
Faisant montre d’une profonde gravité empreinte d’une tendresse et d’une authenticité réjouissantes qui forcent le respect, ce diable d’homme à la jeunesse enthousiasmante, nous prend par les mots et les souvenirs. Art précieux de l’évocation, allégresse sobre et communicative du rythme sont quelques -uns des accents de cet écrit où brille, notamment, l’évocation de ce fameux bar rêvé de la Rue des Trois Mage où les copains adolescents, sans le sou, boivent “un café à quatre pailles”en écoutant « la note de la balle de baby butant contre la paroi en métal du fond de l’en but’”.
Un hommage à la femme
Avec «Qui parle ? », voici, encore et surtout, un hommage subtil et constant à la femme originelle, celle que célèbre avec une pure élégance d’airain cet impertinent admirateur de Rodin.
Bref voici un thriller poétique passionnant où prime l’amour du monde. Voici une chanson à mille voix , un flux de source tendu, un travail de sourcier fouillant de la plume le réel et imaginaire, voici des pages de vie emplies d’élans, de secrets, d’espoir, et de consolation.
Ici, Chatoux, homme de lettres, aime à citer entre autres Fernand Alquier: « Le surréalisme n’aime pas perdre la raison, il aime ce que la raison fait perdre ». Ou, Georges Duby : « La trace d’un rêve n’est pas moins réelle que celle d’un pas ».
Bref, on ne saurait raconter par le menu ce grand roman , cette folle aventure à la belle facture. Contentons nous d’avancer que cette belle onde de mots aux déliés que laissent les sources dans l’argile des rives, est le fruit de la main d’un bel auteur qui, sur la neige de la page, se permet de s’offrir, avec une rigoureuse exigence, de belles batailles de boules d’abricot bien rosés de soleil. Ce qui l’anime ? La fraîcheur des rivières d’enfance, et la noble terre cuite du temps qui passe. Surtout le bonheur du partage.
Une audace et un bonheur à savourer avec une paisible urgence.
Jean-Dominique Burtin.
“Qui parle “, roman de Frédéric Chatoux,
Les Editions Abordables, 500 pages, 23€90.
Concert/dédicace/accrochage le jeudi 15 juin à 19 heures à l’auditorium du Conservatoire de Paris, 14, rue de Madrid (métro Europe).
Au programme: mini récital flûte et piano avec Frédéric Chatoux et Yvan Cassar ainsi que la présentation des tableaux d’Isabelle Anex dont le “Ardaillès ” illustre “Qui parle?”.