L’émission Quotidien de Yann Barthès est le type même de l’émission qui mêle les bonnes séquences et le pire racolage. Suivre des élus et piquer la petite phrase qui peut faire mal ou faire du bruit c’est le nouveau jeu de l’animateur.
Le jeu de mots plus ou moins bon que nous faisons tous chaque jour devient une affaire d’Etat. En cherchant bien, on trouverait vite en un week-end des dizaines de petites phrases prononcées par une personnalité ou par des journalistes qu’on pourrait trouver malheureuses voire inopportunes. “Il était rouge et c’était pas que le soleil” a dit tel reporter en voyant travailler un ouvrier du bâtiment. Quelle honte d’attaquer ainsi la classe ouvrière qualifiée d’ivrogne ! A Saint-Malo un grand écrivain a affirmé moqueur que beaucoup marins étaient bien souvent “à voile et à vapeur“. Attaque sournoise et scandaleuse contre les homosexuels ! La phrase de Macron était un mot (ni bon ni mauvais) comme on en fait des dizaines par jour. Barthès met des micros partout pour faire quoi ? De l’info ? Non, ça se saurait s’il était journaliste. Il le fait pour faire parler de lui. Et il réussit avec l’aide des réseaux asociaux et de beaucoup de médias qui se copient en relayant une nouvelle dérisoire pour alimenter le buzz (le ramdam en français, pas le ramadan – humour !*). Il faut comprendre tous les élus qui écartent de plus en plus les journalistes de leur entourage. Chacun de leurs mots étant pesé, ils n’ont plus qu’une chose à faire : se réfugier dans le silence. La transparence ce n’est pas écouter aux portes. Nous aimerions que des micros suivent Barthès et ses équipes. Le nombre de conneries et de jeux de mots de mauvais goût rempliraient sans doute quotidiennement son émission. Cette inquisition permanente est insupportable. Les politiques qui demandent des excuses sont inexcusables. Si on écoutait Duflot et Baroin derrière la porte on en entendrait des biens pires, des vertes (humour) et des pas mûres.
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* Encore que…
A l’issue d’un concours organisé en 2010 par le Secrétariat d’État chargé de la Coopération et de la Francophonie, le terme choisi pour remplacer en français le mot « buzz » (bourdonnement) a été ramdam, mot d’origine arabe renvoyant au « ramadan » et faisant référence à l’agitation du rythme de vie nocturne associé à la période du ramadan. Honte au Secrétariat d’Etat qui assimile les musulmans au bruit et pourquoi pas aux odeurs comme disait Chirac.